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  In Actes du Théâtre 35 (novembre 2009)  
LABOO7
LABOO7 | Collaboration jeune public en Europe : innovation et action


De gauche à droite : Lecture de Rose, Rose, Rose au Théâtre de l'Est Parisien, 2009.

Avec :
Jean-Baptiste Amounon, Marianne Ségol-Samoy, Ophélie Marsaud (derrière), Karin Serres, Denis Ardant (masqué), Tova Gerge, Aïno Höglund, Malin Axelsson.

Fort de deux ans d’existence, à travers action et réflexion, LABOO7 questionne la parole des jeunes et apporte un nouvel éclairage sur le rapport à l’écriture et à la traduction en Europe notamment à partir de deux expériences singulières.

En 2009, des comités de lecture théâtrale se sont mis en place dans des collèges en Suède et en France, chaque classe étudiant les mêmes pièces, soit 2 pièces françaises et 2 pièces suédoises. Cette expérience coordonnée en France par Postures et développée en Suède avec/par LABOO7, a permis de faire découvrir les principes de ces comités de lecture spécifiques en milieu scolaire. Formés à une approche critique des textes, appelés à en discuter ensemble et à rencontrer leurs auteurs, enfin à choisir un texte parmi ceux présentés, les jeunes participants ont été enthousiasmés par ce projet, à la grande surprise de certains partenaires professionnels Suédois.
Impressionné par cette réponse et cet intérêt des jeunes, intéressé par leurs discussions, leur prise de position et leur choix d’une pièce française -Louise / les ours de Karin Serres-, le Riksteatern, Théâtre national itinérant, a décidé de développer les comités de lecture jeunesse dans deux directions. Il a décidé de continuer la collaboration avec ce premier comité de jeunes sous la forme d’un comité consultatif. Celui-ci donnera son point de vue sur les pièces envisagées pour la programmation jeune public du Riksteatern. Et après tout, pourquoi des jeunes formés ne seraient-ils pas aussi compétents que des adultes formés pour choisir des textes qui les concernent et qui leur sont destinés au premier chef ? Le Riksteatern a d’autre part contribué à développer les comités de lecture théâtrale jeunesse dans d’autres régions sous la forme de partenariats entre des théâtres associés au Riksteatern et des collèges. Cette expérience s’étend ainsi sur l’ensemble du territoire suédois.

Cet aller-retour, échange d’expérience entre la France et la Suède, oblige à questionner nos pratiques actuelles et remet en cause la place laissée aujourd’hui à la parole des jeunes et l’écoute que nous en avons. Il nous amène à nous interroger, par exemple, sur l’impact du Prix Collidram ou des sélections des comités de lecture en milieu scolaire sur la production théâtrale en France. Il serait beau de voir naître des comités consultatifs de jeunes dans les théâtres et d’associer lieux d’éducation et théâtres dans cette aventure… Favoriser la prise de parole des jeunes, l’écouter, la respecter, l’entendre, c’est au fond respecter ces jeunes et leur donner une place dès aujourd’hui dans notre société. C’est aussi replacer le théâtre comme moyen d’expression des nouvelles générations et comme territoire de rencontre intergénérationnel.

Pour ce qui est de l’écriture, force est de constater que l’écriture dramatique et le travail de l’auteur sont très différents en Suède et en France. En France, le plus souvent, l’auteur écrit seul, loin du plateau, attablé devant son ordinateur. Il a le champ libre pour expérimenter, explorer une voie qui lui est propre dans l’écriture, mais peut avoir des difficultés ensuite à voir son texte créé.
En Suède, l’auteur écrit le plus souvent à la demande d’un metteur en scène ou d’une compagnie et continue de travailler à l’écriture du texte pendant les répétitions. Il répond à une commande et le texte est presque un matériau développé en direct, que l’auteur doit modifier en fonction des retours du metteur en scène et de la troupe. L’auteur est, pourrait-on dire, partie prenante du processus de création, production. Logique de ce processus, son texte est toujours créé. L’inconvénient, par contre, est que l’auteur n’est pas aussi indépendant dans l’écriture de son texte.
Malin Axelsson, autrice suédoise, a trouvé dans la manière de travailler à la française et dans l’écriture dramaturgique francophone elle-même, une liberté qu’elle ne connaissait pas. Elle a ainsi exploré d’autres pistes d’écriture, qui ont par ex conduit à l’écriture de sa pièce Ma vie de détective  (devenue ensuite création franco-suédoise) : déconstruction, rythme, travail sur la langue ont évolué dans son écriture grâce à la confrontation avec l’écriture francophone.
Karin Serres, quant à elle, a été sensible à la manière dont le travail d’écriture en Suède se fait ensemble, avec les comédiens, sur le plateau. Elle a aussi été intéressée par la manière dont les Suédois associent le public à l’acte de création. Ainsi, alors que la pièce n’est pas encore créée, certaines répétitions sont régulièrement ouvertes à un public associé, composé de classes d’enfants lorsqu’il s’agit de textes jeune public. Ce qui semble difficile ici pour un metteur en scène français –montrer son travail de création alors que celui-ci n’est pas accompli-, est tout à fait différent là-bas. Il s’agit en effet pour le metteur en scène de suivre les réactions du public, de tester leurs réactions par rapport à ses propres attentes.

Malin et Karin se sont rencontrées à plusieurs reprises par le biais de LABOO7. Aujourd’hui, elles écrivent ensemble, avec la traductrice Marianne Segol, complice rare et passeuse de ce travail  d’autrices de langues et de cultures différentes. Questionnant les genres -ce qui fait la différence entre les filles et les garçons- dans le cadre de leur projet théâtral trilingue Rose, Rose, Rose, elles s’interrogent en même temps qu’elles écrivent et traduisent sur cette thématique chère aux Suédois et qui revient en force en France. Elles écrivent à plusieurs mains, en plusieurs langues, autrices et traductrice en même temps -écriture et traduction se mêlent, s’écrivent côte à côte, ensemble et simultanément-, à partir de leurs expériences et cherchent aussi à se nourrir de celles d’autres personnes qu’elles questionnent également, dans des échanges réguliers avec elles. Mélange de pratiques françaises et suédoises, alliance entre les deux, rencontre de trois univers personnels différents et complémentaires, il est passionnant de suivre le développement de l’écriture puis de la production du texte qui nait peu à peu de cette aventure. Trouveront-elles un dénominateur commun à leurs expériences qui sera la base de leur travail d’écriture ? Ou au contraire, chercheront-elles à confronter leurs expériences nécessairement si différentes les unes des autres ? Nous conteront-elles une histoire ou deux, issues de deux cultures, ou davantage encore ? Quel chemin suivront-elles ? Nous pouvons donner libre cours à notre imagination alors qu’elles écrivent et avant qu’elles ne nous fassent part de leur aventure.... A suivre, assurément.

Echanges et collaborations européennes apportent un éclairage nouveau. Ils nous obligent à mettre à jour nos propres pratiques, à les interroger en regard de celles des autres. Dépasser nos frontières pour dépasser nos limites. S’il n’y a sans doute jamais, ni dans ces exemples, ni ailleurs, de recette miracle, sans doute y a-t-il là des pistes riches à explorer… et des projets LABOO7 à suivre.

Sandrine Grataloup
Responsable de la promotion internationale – SACD
Membre fondateur de LABOO7
6 octobre 2009

www.laboo7.eu
http://postures2008.wordpress.com/
http://karinserres.com/

 
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