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Le niveau de langue pose problème lors
d'une traduction | Denise Chalem
J'ai assisté à une mise en espace de Dis à ma fille que je pars en voyage,
début 2004, au théâtre Maxim Gorki
à Berlin. Entendre son texte dans une langue
que l'on ne parle pas est une étrange expérience.
Quelque part on la ressent de l'intérieur,
on sait instinctivement si l'énergie ou l'intention
des acteurs est juste ou forcée voire déviée
du sens propre. Les réactions du public sont
elles aussi très riches d'enseignement comparées
à celles du public français. S'ils rient
ou réagissent au même moment, c'est le
soulagement, voire une certaine forme de bonheur.
Le choix des traductions de mes textes en Allemagne
ne m'a pas particulièrement étonnée.
En revanche, ma pièce La Nuit de cristal,
que j'ai écrite en 1982 et qui a obtenu le
prix de la Fondation de la vocation, est restée
inédite en France où le thème
était considéré comme trop dramatique,
mais a été traduite et lue en Allemagne
en 1984 et aux États-Unis à l'Ubu Repertory
Theatre où le projet les a touchés.
Le niveau de langue pose problème lors d'une
traduction. Il y a forcément une perte lorsque
le langage est argotique ou familier, moins lorsqu'il
est plus littéraire. On m'a parfois demandé
des précisions sur mon texte qui me semblaient
évidentes alors qu'elles posaient problème
au traducteur ou au metteur en scène étranger.
Certaines coupes décidées dans mon texte
m'ont paru malencontreuses, j'en aurai suggéré
d'autres. Elles ont embarqué le texte vers
une autre direction. De manière générale,
le travail avec les traducteurs devrait être
plus simple, plus direct. Ils travaillent trop en
solitaire.
En Allemagne, c'est surtout la rencontre avec le public
qui a été enrichissante. Elle a été
intense. Il y a là-bas une culture du débat,
un respect de ce que l'auteur a voulu exprimer, un
souci de comprendre ses intentions dans le détail.
Je suis loin de tout connaître de mes personnages.
Certaines questions ou interprétations du texte
m'ont parfois laissée perplexe. Disons que
par moments tout est un petit peu trop décortiqué,
cérébral.
Le travail avec les comédiens et le metteur
en scène m'aurait semblé primordial.
J'avais la possibilité d'arriver la veille,
mais d'après eux, ce n'était pas la
peine. Je l'ai un peu regretté après
la représentation. Il y avait un vrai problème
de rythme, tout était trop posé, trop
réel, trop investi avec peu de place au silence,
à l'ellipse, à l'imagination.
Mon écriture est très bien perçue
lorsqu'il s'agit de moments d'émotions entre
les personnages, moins bien lorsque l'humour ou la
distance sont au rendez-vous.
Là où les Allemands nous trouvent trop
"bavards", c'est parce qu'ils ont tendance
à s'installer dans des répliques auxquelles
nous n'accordons pas la même intensité
qu'eux. En musique toutes les notes n'ont pas la même
valeur.
Je ne crois pas à la notion d'"Identité
française" : il y a en France autant d'identités
que d'auteurs. La Pièce touche. Elle est universelle
ou pas.
L'essentiel c'est le questionnement sur les pièces
et la nécessaire connaissance aiguë de
la part des passeurs des deux cultures | Emmanuel Darley
D'abord la traduction. Travailler à distance
par voie mailienne sur ce texte qui forcément
depuis le temps est devenu pour moi cet objet détaché,
si personnel et de la même façon si étranger.
Distant. Travailler à le rendre plus distant
encore dans une langue inconnue, incomprise. Devoir
pour cela se pencher à nouveau dessus ou plutôt
se pencher comme jamais, l'interroger, le triturer,
lui faire rendre grâce. Répondre aux
questions de Reinhardt Palm, questions de forme, de
sens, de langue. Chose particulière à
cet endroit-là, texte écrit en français,
oui, mais un français un peu barge, langue
personnelle, élisions, silences, suspens, qu'il
faut parfois expliquer et alors, que dire Pas toujours
des réponses à produire si ce n'est,
qui sait, sur divan s'allonger. Et puis, une fois
le texte transposé, réécrit,
dans l'incompréhension où l'on est à
saisir cette langue, percevoir malgré tout
le rythme, la musique, retranscrits : est-ce, là
aussi, simple allemand ou langue Darley germanisée
Pourquoi ce texte-là Peut-être quelque
chose d'une "universalité" revendiquée,
de ce que les questions d'espace et de temps, ici,
restent volontairement ouvertes. Est-ce bien français,
bavard et nombriliste ou est-ce qu'on s'en fout un
peu, seule frontière, celle de la langue mais,
ensuite, une fois la traduction passée, qu'est-ce
qui demeure des frontières Qu'est-ce qui fait
la spécificité, l'identité de
tel ou tel pays Français par la langue mais
sinon
Long travail de fourmi, que celui du Bureau du théâtre,
longues péripéties, suivies, là
encore, à distance, en pointillé, chose
assez floue, relations entre ceux-là et agent,
entre ceux-là et théâtre. Difficile
de savoir, difficile de comprendre, d'intervenir,
problème non pas de frontière mais de
kilomètres, de langue. Et quand cela survient,
enfin, quand on se retrouve là, à Berlin,
semble manquer quelque chose pour saisir parfaitement
cuisine interne. L'essentiel, c'est le texte et le
chemin qu'il parcourt. L'essentiel, c'est ce travail-là,
le questionnement sur les pièces, et la nécessaire
connaissance aiguë, de la part de ces passeurs,
des deux cultures puisque sans doute il y a, savoir
ce qui ici rencontrera écoute. Est-ce ce qui
sera justement "universel", ou est-ce ce
qui sera suffisamment "allemand" dans ce
texte français, ou encore ce qui sera tout
à fait tout à fait "français",
en français dans le texte, pour plaire, ici
Pour le coup, là, culture différente,
système différent, théâtres,
diffusion, bien loin des compagnies, des Centres dramatiques
nationaux, des Scènes nationales, du bon vieux
débat, privé/ public. L'impression d'une
vigueur, d'une vie tout court, assez riche, foisonnante,
création de textes allemands et étrangers,
vraie présence des auteurs contemporains mais,
va savoir, peut-être illusion, toujours mieux
à côté, chez les autres.
Dramaturge, metteur en scène, qui fait quoi,
qui est le vrai créateur, là aussi,
grand flou passager, de prime abord et puis, le plaisir
de la représentation, de cet espace scénique
inventif, de cette autre lecture du texte et puis,
comme dit plus haut, la langue dans laquelle on se
perd puis se retrouve puis se reperd, les points de
rencontre et l'on s'oublie, on écoute simplement
et l'on s'étonne quand rient les gens, en allemand.
Cela fonctionne ici aussi, aux mêmes endroits,
mais transposés.
Enfin, il y a la rencontre avec le public, le questionnement,
pas si différent de celui rencontré
en France, même si, dans cette ville-là,
Berlin, naît une relation étrange au
texte, propre à la ville même, une lecture
évidemment inédite déjà
soulevée par les acteurs, le dramaturge et
la metteur en scène : ces deux personnages
de Pas Bouger, ce A en mouvement et ce B immobile,
comme symboles (?) de Berlin Ouest et Est, telles
ces images "touristiques", des feux piétons,
le bonhomme vert en marche, et l'autre, rouge, en
arrêt, si longtemps en arrêt. Jamais songé
bien sûr dans l'écriture. Si loin, bien
sûr, dans l'écriture. Chacun voit ce
qu'il veut, et cette vision-là, collective,
vrai plaisir, renforçant les convictions, la
volonté de toujours d'ouverture du texte, de
flou volontaire concernant les lieux, les personnages,
le temps. Laisser possibilité à chacun,
au-delà de la langue, de la culture, de l'identité,
de s'approprier le texte, de le nourrir, de lui donner
vie.
"La poétique du traduire" | Claudine Galea
Je ne connais pas l'allemand, mais lors des lectures
dans cette langue, j'ai été frappée
de retrouver entre français, anglais et allemand
des intonations, des musicalités rythmiques
et sensibles communes. Je réagissais à
ces états musicaux qui exprimaient des états
émotionnels semblables à travers la
différence linguistique.
Lorsque Les Idiots ont été traduits,
je n'ai eu aucun contact avec ma traductrice. C'est
assez surprenant car des questions se posent inévitablement
- problèmes de sens, de choix syntaxiques,
métriques, linguistiques, rythmiques, prosodiques,
de niveaux de langue argot/familier/poétique/quotidien,
etc. - qui nécessitent un dialogue entre l'auteur
et le traducteur ou la traductrice. J'ai tenté
d'entrer en relation avec elle, mais elle ne semblait
pas en éprouver le besoin jusqu'au jour où
j'ai reçu la traduction. J'ai demandé
à un traducteur de la Maison Antoine Vitez
de jeter un il. Laurent Muhleisen, qui connaissait
le texte français, a lu et pointé un
certain nombre de difficultés et de déplacements.
C'est alors que Barbara Engelhardt a pris le relais,
à mon grand soulagement. Elle a revisité
la traduction et m'a demandé les éclaircissements
de sens et d'usage de la langue qui faisaient résistance.
Ce travail venait se superposer à un premier,
et j'ai donc eu la sensation d'avoir été
traduite puis retraduite ou plutôt "arrangée",
"corrigée", "rattrapée
au vol". Barbara, que j'ai rencontrée,
n'a pas nié la difficulté supplémentaire
de revoir un texte à travers une première
traduction. Mais sa clarté et son soutien ont
été précieux.
J'ai eu l'occasion avant de travailler à Londres
avec une traductrice, dramaturge et américaine.
Nous avions confronté nos positions (sans d'ailleurs
toujours nous entendre) par rapport à l'utilisation
d'un système linguistique (discours et écriture)
qui fonctionne différemment d'une langue à
l'autre, d'un pays à l'autre, d'une culture
à l'autre, et qui - selon par exemple que le
substantif ou le verbe est plus fort d'une langue
à l'autre, que la figure de la répétition
est ou non agissante, etc. - peut changer un point
de vue, c'est-à-dire finalement donner à
un personnage une direction différente, voire
opposée.
Cette mise en perspective est particulièrement
sensible et aiguë au théâtre où
le dit est oral, perçu dans une immédiateté
actante qui propulse une parole dans une action, une
situation, un état, et qu'on saisit à
même la bouche et le geste.
Partager une traduction est un travail passionnant
parce qu'il fait réentendre à la fois
l'origine de notre propre langue, les habitudes prises,
et la façon dont la pensée s'accorde
ou se désaccorde à l'intérieur
de la langue apprise, puis à l'intérieur
de celle qui est "étrangère".
La traduction est une deuxième expérience
sensible de la langue. Selon l'attention qu'on y accorde,
un texte et un style sont transférés
dans un autre ordre de pensée et de scansion,
ou bien ils sont réduits, déformés,
détournés, défaits. La traduction
est toujours un lieu du passage.
Il y a une "Poétique du traduire"
comme le dit Henri Meschonnic. Comme il y a une poétique
de l'écrire. Pour trouver l'exacte tension
de la langue, il n'est pas interdit que l'auteur d'origine
soit amené à modifier lui-même
son texte, une langue ne venant jamais se superposer
à une autre.
Je préfèrerai toujours ce type de travail,
cet effort d'aller éprouver l'exactitude de
l'intention et du désir dans une nouvelle forme
afin qu'elle puisse rejoindre la langue nouvelle,
plutôt que le délaissement et l'abandon,
le renoncement, qui sont mortels. Car on peut tuer
un texte et par là même une dramaturgie.
La langue est un endroit de naissance et de mort.
Écrire est donner vie à une complexité
parlante. Il y a un corps du texte qui est irréductible,
et fait à la fois sens et forme. Une traduction
approximative et hâtive peut tuer ces enjeux,
cet élan vital, ce tout organique, qui sont
immédiatement perceptibles sur un plateau de
théâtre. Traduire c'est, à nouveau,
représenter.
Je suis toujours attirée par les cultures et
les langues qui me sont complètement étrangères
(langues que je n'ai pas apprises). Pour moi, les
lectures et la création de mes textes en Allemagne
étaient comme une invitation à revenir.
Je voudrais surtout aller à Berlin, c'est cette
ville qui m'intéresse, dans laquelle je voudrais
demeurer un peu pour écrire.
Les bienfaits d'une ouverture volontariste | Koffi Kwahulé
J'avoue, à ma grande honte, que je n'avais
aucune connaissance des auteurs contemporains allemands.
Peut-être est-ce parce que l'ouverture à
ces auteurs, tout comme aux autres écritures
contemporaines européennes, se fait de manière
relativement "officielle" Le caractère
"étatique" de ces ouvertures à
l'autre inhibe, en ce qui me concerne en tous les
cas, toute vraie curiosité. J'ai, probablement
à tort, la sensation de participer à
des transactions artistiques entre institutionnels
de différents pays, au respect d'un cahier
des charges. Je constate à ce propos que très
peu de pièces allemandes traduites "officiellement"
(la remarque est aussi vraie dans l'autre sens) aboutissent
à la scène. Cela dit, force est de reconnaître
que sans cette ouverture volontariste ma connaissance
des auteurs contemporains allemands serait de l'ordre
du degré zéro. Mais j'ai tendance, et
je ne peux en fin de compte que m'en prendre à
moi-même, à m'habituer à l'idée
que les institutions décident de mes "curiosités".
Je retiens tout particulièrement de mes expériences
en Allemagne la découverte des comédiens
allemands; ils me semblent plus "denses".
Je crois que le système allemand de troupes
permanentes qui permet vraiment aux comédiens
de pratiquer leur art y est pour beaucoup. Là
où un comédien allemand de trente ans
a déjà créé dix rôles,
le comédien français - pas toujours
heureusement - en est à ses premières
figurations. Or, au théâtre comme ailleurs,
plus le thé trempe dans l'eau chaude, plus
fort il devient.
Le choix de mes textes traduits en allemand m'a beaucoup
étonné d'autant que ma première
pièce traduite et surtout créée
a été Bintou dont le thème apparent,
l'excision, ne cadre pas vraiment avec la société
allemande. C'est en assistant à la création
de la pièce au Thalia Theater de Halle par
Annegret Hahn que j'ai réalisé que la
pièce traitait essentiellement de l'amputation
du désir chez une jeunesse qui a appris à
aimer le monde dans le reflet d'une lame. Le fait
que tous les comédiens soient blancs a permis
d'enjamber l'excision pour ouvrir la pièce
sur des préoccupations largement partagées
par la communauté humaine. L'autre découverte
a été ce que j'appellerais, sans aucune
pointe de péjoration, les joies des échanges
avec le traducteur, les traducteurs devrais-je dire.
Car Bintou a fait l'objet de deux traductions
en Allemagne, une première d'Oliver Ess (mise
en espace à la Baracke de Berlin puis créée
à Halle) et une seconde de Johannes Westphalen
(mise en espace au Theater Zerbrochene de Berlin).
Lors des discussions que j'ai eues avec l'un puis
l'autre, j'ai eu l'impression qu'ils ne parlaient
pas le même allemand, alors même qu'ils
étaient tous deux de Berlin
Cette double
expérience m'a permis par la suite de me "libérer"
des traductions, de me montrer moins tatillon tout
du moins, dans la mesure où, en fin de compte,
une traduction reste un commentaire sur un texte
Les textes contemporains français sont en effet,
en Allemagne comme dans les autres pays européens
et jusqu'en Amérique, souvent perçus
comme trop "bavards", rhétoriques,
complaisamment recroquevillés sur la langue
et faisant peu cas des questions dramaturgiques
De telles remarques, lorsqu'on connaît, même
sommairement, le champ des écritures contemporaines
françaises, et j'insiste à dessein sur
"les écritures", sont évidemment
exagérées. Alors qu'est-ce qui explique
la myopie (de bonne foi) des "Étrangers"
vis-à-vis de nos textes Peut-être n'ont-ils
accès aux textes français que par les
textes consacrés par l'institution Ici se pose
sans doute la question du "goût contemporain
français" ou plus prosaïquement de
la vibration contemporaine française, de ce
que l'on décide ou non de proposer aux autres
au nom de la France. "Cela" témoigne-t-il
largement de toutes les saveurs, de tous les bruits
et de toutes les odeurs des écritures contemporaines
françaises N'a-t-on pas quelque peu tendance
à exhiber une certaine écriture devenue
- déjà! - patrimoniale?
Il y a dans Berlin une musique possible et un possible
chez moi | Fabrice Melquiot
Je connaissais peu la scène allemande actuelle
à l'exception de certains metteurs en scène
(Castorf, Ostermeier, Marthaler
) et auteurs
(Mayenburg, Goetz
).
À Berlin, j'ai trouvé en la personne
de Liliane Schaus une interlocutrice fidèle
et engagée, une lectrice assidue, une passionnée
de théâtre, capable de communiquer ses
engouements. Je pourrais dire la même chose
d'Andreas Beck au Burgtheater de Vienne.
J'ai vu les Divans mis en scène par
Michel Dydim à Berlin - pour lesquels j'ai
écrit le monologue de L'Actrice empruntée;
j'ai assisté à une lecture de Percolateur
Blues à Mayence, une autre du Laveur
de visages à Düsseldorf.
J'ai déjeuné à la cantine du
Berliner Ensemble; même le café n'était
pas mauvais.
Perlino Comment a également été
traduit.
Il est question que Bouli Miro soit produit
la saison 2004-2005 au théâtre de Halle
et qu'une chaîne de radio réalise une
dramatique du Laveur de visages.
J'ai trouvé pertinente la direction d'acteur
pendant les lectures proposées, précis
le travail sur le texte; les acteurs font entendre.
La langue allemande étant pour moi un enchaînement
de mystères, je ne sais que dire des traductions.
J'ai trouvé que ça "sonnait";
déjà ça. Mon éditeur -
L'Arche, germanophone - les acteurs et metteurs en
scène allemands, m'ont rassuré sur la
qualité des diverses traductions. Un dialogue
a été possible avec chaque traducteur;
précieux. On a souvent coupé du texte
dans les mises en espace et lectures proposées;
aménagements acceptés de bonne grâce.
Mais, c'est sans doute en Allemagne que j'ai, de la
manière la plus patente, l'impression d'être
français - je me comprends.
On n'a requis de ma part aucune implication particulière;
j'ai accompagné le travail de traduction, participé
à des débats publics. Je crois qu'on
a perçu dans mon écriture ce choc entre
banquises : prosaïque et poétique, trivial
et romantique. Parfois, on m'a même trouvé
drôle.
J'écris à partir de musiques étrangères,
dont je fais des musiques de chez moi.
Quand j'écris à partir de musiques de
chez moi, je m'en vais écrire au lointain.
Qu'il y ait en chaque texte cette pulsation de vie,
ce tambour de la partance.
Il y a dans Berlin une musique possible et un possible
chez moi.
Alors, le sillon, nous verrons.
Ce qui compte, c'est bien ce qu'il reste à
écrire et qui pourrait venir de là.
L'espace scénique allemand hors de toute
rédemption | Véronique Olmi
Bien que mon premier éditeur de théâtre,
l'Arche, soit allemand, c'est uniquement par la lecture
et la représentation sur des scènes
françaises que j'ai découvert Thomas
Bernhard, Botho Strauss, Heiner Müller, Elfriede
Jelinek, Fassbinder, Peter Handke, toujours traduits
ce qui est déjà un manque
une
frustration évidente.
Entendre son texte dans une autre sonorité,
entendre les acteurs sans chercher à comprendre
les mots, mais s'attacher au sens même, à
l'incarnation sans langage est une expérience
très riche. Ne parlant pas l'allemand je dois,
pour suivre mes textes, suivre le mental, l'énergie
et la pulsion de l'acteur. Je sais alors si sa présence
est, comme on le dit dans le christianisme "réelle".
Le trucage est impossible, comme dans ces films muets
où la seule présence de l'acteur signifie
le sentiment. Je ne peux plus, comme je le fais avec
mes textes entendus/écoutés en français,
être dans cette étrange schizophrénie
qui me fait être à la fois spectatrice
et auto-critique de mon texte, dedans et dehors, blessée
et révélée. Entendre son texte
dans une langue incomprise c'est le comprendre autrement,
car l'appréhension se passe alors du filtre
narcissique de ses propres mots. La déstabilisation
est un bon moteur.
Un de mes textes que les Allemands ont le plus souvent
monté est La Jouissance du scorpion,
et j'ai tendance à penser que cette pièce
sur le Front national devait tout de même leur
faire plaisir
le fascisme comme tare internationale
Mon roman Numéro Six qui est un best
seller là-bas (pas en France) parle de l'enfance,
mais aussi de la guerre de 14
J'ai eu la récompense
incomparable d'entendre souvent, lors de conférences,
des lettres de guerre de mon grand-père (qui
figurent dans le livre), lues en allemand
les
plus beaux moment de mon parcours d'auteur.
L'espace scénique allemand me semble habité
d'une grande violence. Certaines représentations
de mes textes en Allemagne m'ont fait cauchemarder.
Il y a quelque chose de frontal, hors de toute rédemption.
Très cru
Mais on perçoit également là-bas
mon écriture comme violente. En général.
Et l'on cherche toujours le lien, la "ressemblance"
entre les personnages et l'auteur. Heureusement, on
ne la trouve jamais
Le casse-tête de la traduction a essentiellement
porté sur les titres, à tel point que
pour y échapper, j'ai appelé ma dernière
pièce Mathilde, bannissant tout jeu
de mots, toute construction ludique, tout humour
Si Mathilde est "vendue" dans de
nombreux pays, aucune proposition allemande ne m'a,
à ce jour, satisfaite
Ironie du sort
Je suis toujours surprise par les questions que me
posent les dramaturges. Je les trouve soit tellement
simplistes soit si compliquées, et dans les
deux cas je me dis que c'est de ma faute si je ne
comprends pas leurs interrogations. Je ne "pense"
jamais ce que j'écris. Je l'entends. Comment
expliquer ce que l'on entend
En général j'arrive après le
travail avec les comédiens et leur attente
de mon avis, de mon approbation, me paralyse et me
gâche immanquablement chaque spectacle. Mais,
quand ils ont "rencontré" mon personnage
quel bonheur de pouvoir les serrer dans mes bras!!
J'ai tendance à me méfier des metteurs
en scène qui parlent trop bien d'une de mes
pièces. Les metteurs en scènes pudiques,
réservés, peut-être même
jaloux de leur travail, sont souvent les plus talentueux.
Ils n'ont pas besoin de se justifier. Ils font.
Ce qui m'a beaucoup étonné en Allemagne,
c'est le fait que chaque théâtre ait
sa troupe
Une multitude de petites Comédies-Françaises,
quelque chose de très cloisonné, qui
ôte un peu de la dangerosité au métier
c'est peut-être dommage. Un Land. Une ville.
Un théâtre. Une troupe
L'avantage,
bien sûr, c'est cette respiration impossible
en France : avoir son texte monté dans plusieurs
théâtres en même temps, savoir
qu'il ne sera pas "jeté" dès
la fin de l'exploitation, que "création"
ne signifie pas "finitude".
Pourquoi mon travail en Allemagne devrait-il avoir
une incidence sur mon écriture en cours Ce
serait terrible. Être joué enrichit,
nourrit, récompense. Mais le sillon à
creuser reste le même. Bien sûr.
De l'intérêt des troupes permanentes | Christophe Pellet
N'ayant vu que deux mises en scènes - très
belles - dans le théâtre de Halle qui
créé cette année Le Garçon
girafe, je ne peux pas dire que je connaisse la
scène théâtrale allemande.
Comme tout le monde je crois, je suis très
impressionné par la qualité du théâtre
allemand, le nombre de metteurs en scène importants
par exemple, et les structures assez performantes.
Il y a une tradition théâtrale très
forte. Chaque région a un théâtre
avec une troupe de comédiens permanents. Un
véritable roulement sur une saison s'effectue
avec différents spectacles que jouent les acteurs
de la troupe, un peu à la manière de
la Comédie-Française. Je connaissais
quelques auteurs contemporains de ma génération
publiés par l'Arche : Marius von Mayenburg,
Dea Loher ou Roland Schimmelpfennig. Je me sens assez
proche de leur univers. De leur formalisme par exemple,
qui pourtant s'attache toujours à la fable,
au récit et à cette notion de personnage,
ce qui n'est pas forcément le cas en France.
En ce sens l'écriture théâtrale
allemande se rapproche de celle des Anglais.
Pour ce qui est de la traduction, le secret ne réside
pas dans l'aptitude aux langues étrangères,
mais dans la connaissance de sa propre langue.
J'ai été très frappé par
les relais, comme le Bureau du théâtre
à Berlin, qui fait un excellent travail de
défricheur de textes et de mise en contact
des artistes. Liliane Schaus s'est investie dans la
création de mon texte. Le Bureau du théâtre
a engagé un véritable partenariat avec
Halle : il y aura régulièrement une
semaine française avec lecture et mise en espace
d'auteurs.
Dans le travail, je n'ai guère constaté
de différence avec d'autres pays, en tout cas
l'Angleterre ou la France : lorsqu'une équipe,
et c'est généralement le cas, est passionnée
par ce qu'elle fait et notamment la création
d'un auteur vivant, il y a le même investissement
quel que soit le pays. J'ai été particulièrement
touché par la mise en scène allemande
du Garçon girafe, la lecture très
fine et intelligente du metteur en scène Carlos
Manuel. Je crois que c'est le spectacle qui se rapproche
le plus de mon univers, qui rend compte du texte comme
peut-être moi j'en aurais rendu compte sur une
scène. J'ai été frappé
par la scénographie, sa beauté, son
efficacité aussi, son intelligence là
encore... et par le jeu des acteurs, je devrais dire,
la troupe d'acteurs, peut-être est-ce cela qui
fait une différence avec les autres pays. Je
n'ai pas l'impression que mes textes portent une identité
française. À Londres comme en Allemagne,
ce sont les acteurs, plus que la mise en scène,
qui font "l'identité d'un texte".
Du coup le texte par miracle dépasse les frontières.
"La petite ville française" évoquée
dans la première partie de mon texte, devient,
par exemple, allemande, et la capitale européenne
de la seconde partie, celle du pays dans lequel s'effectue
la représentation. En Allemagne, il y a une
grande pudeur dans les relations entre les êtres,
je ne sais donc pas vraiment comment le texte a été
perçu, mais j'ai été frappé
par le professionnalisme des critiques. En vivant
directement au contact des Allemands, apparaît
une spécificité diffuse, qui c'est vrai,
change la perception de la représentation,
et donc du texte. C'est cet étrange mouvement
d'appropriation d'un univers qui me touche tant dans
les créations de mes textes à l'étranger.
Une réaction en Allemagne : celle d'un jeune
comédien qui se désolait de dire en
allemand certains sentiments explorés dans
ma pièce. Pour lui, seul le français
semblait proche. Comme si la langue allemande pouvait
s'éloigner d'une certaine légèreté.
Sans doute cette langue de grands poètes et
penseurs (Hölderlin, Schopenhauer...), porte-t-elle
en elle "cette métaphysique de l'amour
et de la mort" et le poids de son histoire aussi.
Une opiniâtreté paradoxale qui engendre
"un gain d'intérêt" | Noëlle Renaude
Je connaissais le théâtre contemporain
allemand avant d'avoir été traduite
et invitée en Allemagne. J'y ai découvert
des protocoles dramaturgiques reconnaissables, spécifiques.
Avec une surestimation du discours et du signe et
un désintérêt pour l'implicite
et la question de la forme.
Plusieurs de mes textes ont été sélectionnés
pour être édités, joués
et enregistrés
en Allemagne. Ce qui m'étonne,
- je viens de répondre à un questionnaire
similaire sur les relations franco-espagnoles -, c'est
que, en ce qui me concerne, ce sont les mêmes
textes qui sont traduits et édités à
l'étranger, dans quelque pays que ce soit.
Je pense donc qu'il y a des instances, en France,
qui préselectionnent les textes diffusés
à l'étranger et que ces mêmes
instances se font une idée (à mon sens
pas forcément juste) de ce qui pourrait "plaire"
ailleurs.
J'ai cinq traducteurs en Allemagne. Deux d'entre eux
seulement ont éprouvé l'envie, la nécessité,
de me contacter et de me poser des questions. Même
si je parle mal allemand, je suis capable de travailler
avec le traducteur : malgré ces rapports épistolaires,
ce jeu des propositions et contre-propositions, j'ai
remarqué (et c'est le cas dans toutes les langues),
un affadissement du texte, un souci trop marqué
pour le sens et pas assez pour le son (indifférence
vis-à-vis de la ponctuation), etc.
La "percée" en Allemagne de mes textes
s'est faite lentement et difficilement. L'Allemagne
semblait peu intéressée par un certain
type d'écriture dramatique "française"
(schématiquement celle qui ne correspondait
pas aux modèles dominants anglo-saxons, l'Angleterre,
les États-Unis et la Scandinavie pour aller
très vite). Ce n'est pas le cas pour l'Espagne
ou certains pays de l'Est. Ce qui est spécifique
à l'Allemagne, c'est, en dépit de cette
difficulté à apprécier ces textes-là,
l'opiniâtreté à les remettre d'une
manière ou d'une autre sur la scène
allemande. On a décrété que cette
écriture ne peut pas rencontrer son public,
mais paradoxalement cette opiniâtreté
finit par porter ses fruits. En effet, des ouvertures
ont lieu, des changements d'idéologie dramaturgique
sont perceptibles. Je viens de travailler, par exemple,
à l'école de mise en scène (Ernst
Busch Schule) avec Robert Cantarella sur mes textes.
Il remarque de manière très sensible,
chez les élèves, une attitude différente
vis-à-vis de ces écritures considérées
comme "difficiles" (on va dire Vinaver,
Lagarce, Minyana, Gabily, moi, etc) : un refus moins
ostensible, des questionnements et plus de marques
d'intérêt.
Pourquoi cette opiniâtreté Je l'ignore.
Le travail du Bureau du théâtre y est
certainement pour quelque chose. Pour ma part, ce
qui a déclenché, je ne peux pas dire
un regain d'intérêt, mais un "gain"
d'intérêt pour mes textes, ça
a été l'accueil de la production française
de Madame Ka à la Biennale de Bonn.
Il a fallu passer par une représentation "à
la française" de cette écriture,
pour que mon agent allemand, d'autres agents à
l'étranger, etc. décident de "pousser"
mes textes en Allemagne. Mais d'après la metteur
en scène de Madame Ka à Kassel,
rien n'est gagné.
Ce qui est spécifique aussi en Allemagne, à
mon avis, c'est la vitalité de la production
radiophonique. Plusieurs de mes textes ont rencontré
depuis très longtemps leurs réalisateurs,
leurs producteurs, leurs auditeurs et les rediffusions
sont nombreuses.
À mon avis, pour favoriser la diffusion des
écritures contemporaines en Allemagne comme
ailleurs, il faut passer par la formation, donc les
écoles, comme ce que fait Cantarella sur les
textes contemporains au BAT par exemple. Multiplier
ces ateliers (même si malheureusement le travail
ne peut s'appuyer que sur des textes déjà
traduits), les soutenir, les élargir, établir
des passerelles entre les écoles allemandes
et françaises. En Allemagne comme en France,
des liens se nouent et se perdent. Dans le cas de
cet atelier au BAT, il est clair qu'il faut poursuivre
ces liens sur une autre année pour que perdurent
ces intérêts, ces questionnements nouveaux
envers ces écritures jusque là mal vues
mal lues.
Et puis, j'en suis sûre, du côté
des instances françaises, diffuser à
l'étranger non pas les textes susceptibles
de plaire, donc de se couler au mieux dans un moule
"local", mais de faire des choix "plus
courageux" en proposant l'écriture d'un
auteur dans ce qu'elle a de plus spécifique.
Il est très troublant pour moi que Ma Solange,
par exemple ne soit traduit en aucune langue, alors
que Blanche, Aurore, Céleste est mon
succès aux quatre coins du monde.
La réception de mon écriture en Allemagne
varie. Pour Thomas Ostermeier par exemple, elle échappe
au modèle, elle craint la situation, elle est
stérile, etc. Pour d'autres, elle est difficile
à saisir ou drôle. C'est un peu comme
en France, en somme.
On a souvent dit des textes contemporains français
qu'ils étaient trop "bavards". C'est
moins le cas maintenant et "bavard" n'est
pas vraiment le mot, plutôt "chichiteux".
Évidemment, cela ne concerne pas tout le théâtre
français, mais celui qui ne répond pas
aux normes dont je parlais plus haut.
La notion d'"Identité française"
est péjorative. Mais on ne peut pas incriminer
les Allemands (et les autres) de ne pas s'intéresser
à ce qui nous serait spécifique. Il
y a, je crois, par ricochet, une sorte de dévaluation
systématique de l'art français qui est
suscitée par la France elle-même. Ce
n'est pas un secret, l'auto-flagellation permanente
que nous pratiquons et dont nous sommes tout à
la fois boureau et victime, a forcément des
répercussions à l'étranger. Peu
aimés chez nous on ne risque pas de l'être
ailleurs. Il suffit de se promener dans les musées
d'art contemporain en Allemagne : quel musée
en France oserait exposer un Anselm Kieffer français
L'identité germanique des artistes ne pose
aucun problème là-bas. Un élève,
au bat, m'a dit de mes textes qu'ils étaient
"très français". Premier réflexe
: la honte d'avoir laissé traîner des
traces de "francité". Puis immédiat
ressort de ma part : Joyce est très irlandais,
Soseki très japonais, Dostoïevsky très
russe, Bernhard très autrichien. Et alors Ça
n'empêche personne de les lire, de les comprendre,
même à 80 %. Je ne pense pas qu'on puisse
reprocher à un artiste allemand d'être
"très allemand". Ma réaction
première est symptomatique. Pourquoi ai-je
eu un soupçon de honte de cette identité-là.
L'importance du dramaturge | Lionel Spycher
Mis à part les "classiques" Brecht,
Fassbinder, Martin Speer etc., je ne connaissais pas
les nouveaux auteurs allemands. Je les ai croisés
par la suite à Berlin ou à Hambourg.
Il est vrai qu'en 1998 (date de traduction et de représentation
de ma première pièce en Allemagne),
Mayenburg, René Pollesch, ou Schimmelpfennig
n'étaient pas encore "à la mode"
en France.
Je crois que ce qui intéresse le plus un auteur
c'est d'être joué. J'ai la chance de
l'être régulièrement en Allemagne
et c'est dans ce pays que mes pièces sont le
plus créées. Mes trois textes y ont
été traduits et représentés
dans l'ordre chronologique de leur écriture.
Si je prends l'exemple de Pit-Bull (ma première
pièce, la plus représentée en
Allemagne pour l'instant), je peux dire que la mise
en scène allemande est très variée. Pit-Bull a été représenté
à Berlin (la Baracke) dans une mise en scène
très énergique avec des inversions dans
le texte, sans tenir compte des ellipses de temps;
elle a été représentée
à Karlsruhe avec beaucoup d'effets vidéo;
à Stuttgart la mise en scène de Stefan
Kimmig était plus classique et s'appuyait beaucoup
sur le texte. Ce sont les trois mises en scène
de Pit-Bull auxquelles j'ai assisté
et elles étaient très différentes.
Personnellement j'aime beaucoup être surpris
quand je vais voir une représentation d'un
de mes textes. En Allemagne, je suis servi
J'ai un agent en Allemagne (Felix Bloch Erben Verlag)
qui s'occupe de diffuser mes textes. Il connaît
les metteurs en scène et les théâtres
qui peuvent être intéressés. Son
travail est très précieux et porte régulièrement
ses fruits. Le Bureau du théâtre a aidé
à la publication de 9 mm dans "Scène".
Les textes sont rarement publiés en Allemagne
et circulent plutôt sous forme de brochure à
destination des professionnels. "Scène"
est donc, d'après moi, une expérience
très intéressante car elle associe dans
un même ouvrage des auteurs qui ont des agents
avec d'autres qui n'en ont pas. Cela permet d'attirer
l'attention des Allemands sur des textes qui n'ont
pas été retenus par des agents et qui
circulent donc très peu, voire pas du tout.
Il me semble que le relais incontournable pour la
diffusion des textes en Allemagne est le dramaturge.
Que les textes lui soient transmis par le Bureau du
théâtre ou l'agent, il va lire et sélectionner
pour le ou les metteurs en scène attachés
au théâtre pour lequel il travaille.
Cette fonction qui n'est pas spécifique à
l'Allemagne mais qui n'est pas très répandue
en France me semble très intéressante.
Elle est une des clefs du foisonnement de création
de pièces d'auteur vivant en Allemagne. C'est
bien mieux qu'un comité de lecture. Le dramaturge
est un professionnel qui sait comprendre les attentes
des metteurs en scène et sélectionner
pour eux des textes. Un bon dramaturge est aussi très
informé sur ce qui se passe ailleurs (en Allemagne
ou à l'étranger). Lors du processus
de création, il peut poser des questions à
l'auteur et ainsi nourrir le travail des comédiens.
Le problème de la création d'un tel
poste en France c'est le manque de formation et ça
ne peut pas se faire en claquant des doigts. Le dramaturge
n'est ni un auteur, ni un metteur en scène,
ni un comédien, encore moins un directeur et
cela lui permet d'être tout simplement objectif.
Comme en France, mon implication dans le travail sur
mes textes à l'étranger est assez variable
et cela dépend des metteurs en scène.
Stefan Kimmig à Stuttgart est le seul que j'ai
rencontré avant qu'il commence sa mise en scène.
Quelquefois je réponds à des questions
posées par les dramaturges ou par ma traductrice
(Uli Aumüller) en cours de travail. J'ai un peu
travaillé avec des comédiens au Schauspielhaus
de Hambourg pour une lecture de 9 mm. Mais
c'est tout. Je n'ai jamais participé à
des répétitions. Je ne vais pas non
plus systématiquement voir les représentations
de mes textes.
Je suis régulièrement en contact avec
mon agent bien sûr, mais aussi avec Andreas
Beck que j'ai rencontré au Royal Court de Londres
en 1998. Il était dramaturge à Stuttgart
lorsque Pit-Bull y a été créé.
Il m'a proposé d'être auteur résident
(Haus Autor) au Schauspielhaus de Hambourg lorsqu'il
a été nommé là-bas. Il
travaille maintenant à Vienne. Nous nous parlons
et nous voyons régulièrement.
Marius von Mayenburg travaillait à la Baracke
à Berlin lorsque Ostermeier en était
le directeur et je l'ai rencontré à
l'occasion de la création de Pit-Bull.
Nous nous croisons à Berlin ou à Paris.
J'ai demandé à Laurent Mülheisen
de traduire son dernier texte (L'Enfant froid)
que j'ai mis en espace moi-même à la
Comédie de Reims l'an dernier.
Je suis aussi régulièrement en contact
avec Liliane Schaus du Bureau du théâtre
à Berlin. Actuellement j'ai un projet de mise
en espace de mon dernier texte dans une piscine. Laurence
Lochu de l'Institut français à Magdebourg
m'a mis en relation avec le théâtre Thalia
de Halle et m'accompagne pour que ce projet puisse
se réaliser.
On entend encore dire que les textes contemporains
français sont "trop bavards". Cette
remarque revient souvent, c'est vrai, même si
ce n'est pas toujours une critique.
Il me semble que le plus dur à faire avaler
à un comédien allemand ce sont les monologues.
Ils sont rarement interprétés "simplement"
et s'accompagnent souvent d'une action. On m'a souvent
demandé à qui s'adressaient mes parties
monologuées ou que devait faire l'acteur lorsqu'il
l'interprétait.
Mon dernier texte, La Suspension du plongeur,
m'a été commandé par le Schauspielhaus
de Hambourg. J'ai résidé à Hambourg
pendant plusieurs mois même si j'aimais beaucoup
m'en échapper pour aller à Berlin et
en Pologne. Ce texte met en scène un homme
d'affaires allemand qui va ouvrir des concessions
automobiles à l'Est. En ce sens, mon séjour
en Allemagne a influencé mon travail. |
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