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Mathilde
Véronique Olmi
Actes du théâtre n° 13.[ imprimer ]
Un soir, après trois mois d'absence, Mathilde, écrivain de quarante ans, rentre chez elle. L'appartement est envahi de cartons : pendant l'absence de sa femme, Pierre a fait du rangement, du tri, parce que tout en lui n'était que désordre et désarroi : c'est de prison que Mathilde revient. Elle a purgé une peine pour détournement de mineur - une aventure avec un jeune garçon rencontré lors d'un atelier d'écriture, aventure qui a l'importance que les autres lui donnent : code civil d'une société moraliste et douleur d'un mari trompé.
Que reste-t-il de cette relation interdite? Où un écrivain vit-il réellement? Dans quelle réalité? De quoi se nourrit l'amour d'un couple? De quoi se nourrit l'écriture? À qui, à quoi appartient?on?
La nuit qui vient est pour Mathilde et Pierre un affrontement, une confrontation. Les questions sont posées… la solitude et la souffrance sont aussi un reflet de l'amour.

" Il y a une tension dans cette pièce qui est celle du désir. Entre un homme et une femme arrivés à l'âge de la maturité, un couple qui a déjà passé quelques années ensemble et qui s'aime. Mathilde ne propose ni le procès d'une femme happée par le désir d'un jeune homme de quatorze ans et qui l'a payé par trois mois de prison, ni l'affrontement d'un couple au bord de la rupture, mais le portrait d'êtres vivants qui se cherchent et exigent que la vie leur offre toutes ses qualités. Véronique Olmi, en orfèvre, place le désir au cœur de toute relation. "
Claire David, éditrice d'Actes Sud-Papiers

Création au festival de Benevento (Italie) dans une mise en scène de Marco Carniti en septembre 2000.
Traduction italienne de Gioia Costa.

Personnages : 1 femme(s) - 1 homme(s) -
Éditions Actes Sud-Papiers. - www.actes-sud.fr

MATHILDE : Décidément, tu as l'imagination fertile : une fois - non, plusieurs fois -, tu m'as dit que ça t'excitait de m'imaginer dans les bras d'un autre.
PIERRE : C'était une sorte de… déclaration d'amour.
MATHILDE : Rien que de le dire, ça t'excitait.
PIERRE : C'était un fantasme. J'aurais pu regarder.
MATHILDE : Et si tu regardes, je ne te trompe pas? C'est bien ça? Et qu'est-ce que j'aurais été autorisée à faire avec cet homme? Hein? Jusqu'où tu me donnais le droit d'aller? Jusqu'à quel geste va ta confiance, puisque je suis censée désirer en fonction de ton accord?
PIERRE : NOTRE accord! Que tu as trahi! En allant avec ce gosse sans que je le sache, il s'agit d'une parole donnée et reprise!
MATHILDE : Et si je t'avais demandé l'autorisation, je l'aurais eue? Menteur! Et puisque j'allais mieux après l'avoir fait, peut-être que c'est à nous deux que cette histoire faisait du bien, et qu'alors c'était lui qui était trompé, mais lui s'en foutait, il était libre!
PIERRE : Pas libre : indifférent.
MATHILDE : Tandis que toi, tu es spécialement attaché à moi? Je te suis réservée? Comme une bonne table au restaurant?
PIERRE : Tu étais ma femme.
MATHILDE : " Mathilde-ma femme… " Ce que j'ai pu l'entendre! je vous présente " Mathilde-ma femme…! " Quel besoin avions-nous de sortir tous les soirs?
PIERRE : Ca s'appelle " la vie sociale ", et à l'époque ça ne te gênait pas : avant de sortir tu passais des heures dans la salle de bains.
MATHILDE : Tu tenais tellement à ce que je sois sexy! Oui, ça me prenait du temps : maquillage, bijoux, jupes courtes et talons hauts - je me préparais comme un ouvrier qui s'endimanche, je n'étais pas à l'aise.
PIERRE : C'est ce que tu dis aujourd'hui, mais à l'époque tu adorais qu'on te trouve belle, tu parlais avec coquetterie de faire combler tes rides, tu demandais conseil aux femmes des chirurgiens, ça avait un petit côté province…
MATHILDE : Qui te faisait rire?
PIERRE : Non. C'était émouvant et bizarrement… juvénile.