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Suite en ré mineur (Scènes de couples à la moutarde)
Claire Béchet
Actes du théâtre n° 12.[ imprimer ]
En une succession de scènes brèves, hommes et femmes vont, viennent, reviennent et s'entrecroisent pour parler de ce qui les lie, les sépare, les oppose ou les heurte.

" La solitude, la lassitude, la frustration qui engendrent des caprices, le malentendu… Dans un enchaînement de scènes brèves, des personnages se croisent, se confrontent et se heurtent, toujours dans un pas de deux. À travers des situations simples et des paroles naturelles, les petites blessures de la vie quotidienne prennent une tournure drôle. Tout est dit entre les lignes et dans les espaces sans jamais prendre parti ni prononcer de jugement : un état des lieux des relations humaines, dressé avec sensibilité, légèreté et fraîcheur. "
Almut Lindner

Traduction allemande en cours par Almut Lindner.

Personnages : 9 femme(s) - 11 homme(s) - les rôles peuvent être tenus par 4 comédiens
Editions Théâtrales (suivi de Trois soliloques).

Léa tend un sac poubelle à Théo.
LEA : Théo, est-ce que tu peux me ficeler ça?
THEO : Je peux.
LEA : Merci.
Théo disparaît avec le sac, puis revient.
LEA : Tu as descendu la poubelle?
THEO : Non.
LEA : Tu n'as pas pensé à descendre la poubelle? Même pas pensé? C'est invraisemblable.
THEO : Tu ne me l'as pas demandé.
LEA : S'il faut que je te demande tout… Pour moi, c'est tellement évident. Quand on a un sac poubelle dans la main, on le descend. On ne le pose pas dans l'entrée. Ça va sans dire.
THEO : Ça va mieux en le disant.
Théo disparaît à nouveau, Léa soupire bruyamment, puis Théo réapparaît.
LEA : Théo?
THEO : Oui.
LEA : Est-ce que tu peux ouvrir la fenêtre?
Théo ouvre la fenêtre et on entend les bruits de la rue.
THEO : Ça fait un boucan d'enfer. Tu en as pour longtemps?
LEA : Qu'est-ce que tu entends par là?
THEO : J'entends un boucan d'enfer et ça m'empêche de me concentrer. Rien de plus. La fenêtre ouverte, tu en auras besoin longtemps?
LEA : Le temps d'aérer.
THEO : Et c'est quoi, le temps d'aérer?
LEA : Je ne sais pas, moi, je n'ai jamais compté.
THEO : Tu devrais.
LEA : Pourquoi je devrais?
THEO : Pour être capable de me répondre quand je te pose une question.
LEA : Je te dirai quand tu pourras la fermer. La fenêtre.
Théo grogne, prend le journal. Léa s'éloigne, s'arrête et se retourne.
LEA : Théo? (Grognement de Théo) Théo? (d'un ton plus affirmé. Nouveau grognement de Théo) Théo, peux-tu aller chercher le pain pour le dîner?
THEO (pose son journal en prenant son temps) : Je peux. Je veux dire que je le peux physiquement, que j'en suis capable. Bref, la réponse est oui : je peux aller chercher le pain pour le dîner.
Théo reste assis, reprend son journal et se plonge à nouveau dans sa lecture. Léa s'avance vers lui.
LEA : Eh bien… (Théo ne répond pas) Alors… (toujours pas de réaction de Théo) Le pain… (Théo poursuit sa lecture) Il y a des jours où je ne te comprends pas.
THEO : C'est pourtant simple. Si au lieu de me bassiner avec tes peux-tu et tes est-ce que tu pourrais, tu me demandais : est-ce que tu veux bien?, il est probable que la réponse serait : oui, je veux bien.
LEA : Peux-tu, veux-tu, c'est pareil. Tu joues sur les mots.
THEO : Ce n'est pas du tout pareil, mais alors pas du tout du tout. Je vais te donner un exemple. Est-ce qu'on demande à une femme : peux-tu m'épouser?
LEA : Je vais chercher le pain. Est-ce que tu veux bien fermer la fenêtre?