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Eddy, F. de pute
Jérôme Robart
Actes du théâtre n° 15.[ imprimer ]
Quinze ans avant le premier mot de la pièce, à la campagne, une femme trompe régulièrement son mari. Ils ont deux enfants ensemble. Le mari n’en peut plus. Il décide de donner de l’argent à l’infidèle pour qu’elle parte sans les enfants. Elle accepte. Le père maquille le départ de la mère en mort accidentelle.
Quinze ans après, nous retrouvons Eddy et Lili, les enfants, priant sur une tombe vide. Le père a oublié son énorme mensonge. Eddy en arrive à penser que le père a tué la mère. Il s’enfuit vers les grandes villes. Le père poursuit alors son fils pour lui dire la vérité, mais trop tard. Dans les grandes villes, Eddy rencontre la pute avec laquelle il plonge dans une passion infinie. La pute est la mère d’Eddy. Pour l’instant, ils ne le savent pas. Le déroulement de la pièce va le leur révéler et au lieu de suivre les chemins sanglants de leurs illustres aînés Œdipe et Jocaste, ils vont accepter et s’aimer encore.

« À l’origine, le texte s’intitulait Méfiez-vous des nuits. Je voulais une démonstration des méfaits du mensonge. Je partais d’un premier mensonge. Énorme. Je le posais au début de l’histoire et toute une suite de monstruosités en découlait quasi naturellement. Il était essentiel pour moi que les personnages soient totalement subissant. Je voulais que ces monstruosités ne soient pas le fait de leurs caractères monstrueux, mais dépendent d’une suite logique, implacable, d’événements découlant du premier mensonge et entraînant tout dans son déroulé. Puis, l’histoire posée, Œdipe est ressurgi. Le travail s’est inscrit alors dans la continuité de Tes : dans la visite d’un mythe, de son histoire, de ses thèmes. Pourtant une différence fondamentale sépare les deux essais. Dans Tes, le fil narratif de l’intrigue mythologique est absolument respecté. Jamais remis en question. Là, en travaillant sur Eddy, je me suis retrouvé face à une réelle impossibilité. J’avais l’intuition d’une issue sans sang, d’acceptation, de consentement. Je voulais quelque chose de moins sanglant et je me suis retrouvé face à quelque chose de plus retors moralement, de plus dangereux. Curieux, non ? Si Œdipe et son autodestruction n’existaient pas, dans quel monde vivrions-nous ? »
Jérôme Robart

Création du 26 septembre au 16 octobre 2003 à Théâtre Ouvert.

Personnages : 3 femme(s) - 4 homme(s) -
Éditions Tapuscrit Théâtre Ouvert. - www.theatre-ouvert.net

Scène 1
Dans la tête du père.
Le Père Mon fils. Ce que je dis là, jamais je te le dirai.
Tu sais aujourd’hui ce que les filles ont entre les jambes.
Tu sais ce qu’elles font avec.
Mon fils. Toutes le vendent. Cher. Aux plus offrants. Pas une ne le vend pas.
J’ai offert beaucoup à ta mère pour le sien. Mon fils.
J’ai voulu acheter pour toujours. Avoir pour moi, rien que pour moi comme on achète une maison pour y mourir un jour.
Ce fut un gouffre financier. Mon fils.
Tu achètes un cul pas pour y entrer une fois comme ça mais pour y faire tes enfants dedans.
Tu achètes un cul pour que personne d’autre n’y passe et repasse et te fasse des enfants dans le dos.
C’est pour cette virginité-là que l’homme se ruine. Mon fils.
C’est peut-être même pour cela qu’il fait tout ce qu’il fait.
Eddy.
J’en ai peut-être pas fait assez.