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Dépannage
Pauline Sales
Actes du théâtre n° 12.[ imprimer ]
On dirait que je tiens un garage avec Grand-Pa et sœur aînée. C'est la campagne vraiment déserte, vraiment lointaine. Un jour y'en a deux qui seraient arrivés en camionnette accidentée, deux loups fatigués. Pour l'un j'ai eu le béguin et marre de ma virginité. Il a prévu un grand départ pour nous deux, mais j'ai eu du mal à faire mes bagages. En un seul soir, ça a été la plus grande explosion que le garage ait jamais connue : l'ancienne femme de mon loup revenue, le copain en pétard, sœur aînée sur les nerfs. Avec le vieux fusil j'ai pris chacun en otage. J'aurais voulu qu'on reste ensemble, qu'on ose une expérience. Tenter un dépannage.

Création au festival de Blaye du 31 août au 4 septembre 1999, puis tournée 1999-2000.
M.e.s : Laurent Laffargue. - Scéno. : Philippe Casaban et Éric Charbeau. - Cost. : Hervé Poeydomange. - Maqu. : Muriel Leriche. - Constr. Déc. : Le Moulin du Roc, Niort. - Création Lum. : Alain Uternehr. - Son : Yvon Tutein. - Rég. gén. : Nicolas Brun. - Avec : Linda Lagadec, Muriel Amat, Georges Bilbille, Gilles David (Christian Loustau à la reprise), Vincent Garanger (Philippe Bérodot à la reprise), Maury Deschamps, Vincent Réjaud.
Traductions disponibles en anglais, commandée par le Royal Court Theatre (A Good Service par Colin Teevan, c/o Micheline Steinberg Playwrights, Londres) et en allemand (Pannenhilfe par Uli Menke).

Personnages : 3 femme(s) - 4 homme(s) -
Éditions Les Solitaires Intempestifs. - www.solitairesintempestifs.com

Le Grand-Pa en chaise roulante. À ses pieds, la Grande avec tout le nécessaire pour la toilette. La Petite entre. La Grande commence à laver le Grand-Pa. On devine une grande habitude. Rituel.
LA GRANDE : Crache.
LA PETITE : Je me suis dit il doit s'y connaître et sûrement qu'il s'y connaissait, j'ai senti les femmes autour de lui.
LA GRANDE : Tu t'es lavée au moins? Et les précautions, elles ont été prises? Je veux que tu sentes le savon et rien d'autre. Alors c'est qui?
LA PETITE : Tu connais pas. (Un temps) Qu'est-ce que ça peut faire maintenant?
LA GRANDE : J'attends.
LA PETITE : Il savait pas que j'étais comme ça. Il croyait que j'étais au stade d'après.
LA GRANDE : Un, deux, trois, quatre, cinq.
LA PETITE : C'est un de la camionnette accidentée.
LA GRANDE : T'économises pas ton temps. Une nuit qu'ils sont là. Lequel?
LA PETITE : Celui avec les chaussures qui brillent.
LA GRANDE : Tu as misé sur l'expérience.
LA PETITE : Mais aussi tu ne m'as rien dit. Tu m'as menti. Je pensais pas arriver sur le lit aussi vite. Je pensais pas que j'aurais surtout en tête la couleur de ma culotte et que ma jupe se tirebouchonnerait à la taille. Et j'avais sa gueule de si près et son haleine me rappelait le dîner.
LA GRANDE : Tu es trop petite alors tu te rétames. Tu vas chercher les coups après tu cries aïe et tu t'allonges.
LA PETITE : (Elle montre sa poitrine quasi inexistante) Et mes…, qu'est-ce qu'il a dû en penser? J'avais pas de coussinets pour me défendre.
LA GRANDE : Je t'interdis d'en dire du mal tu entends? Mais qu'est-ce que tu avais besoin de le prendre lui?
LA PETITE : Et il était lourd et c'était comme si ça n'aurait jamais dû être. Je pensais pas que c'était si difficile de succomber.
LA GRANDE : À chaque fois j'attends et toujours une nouvelle bêtise. Il faut lui dire que les jambes en l'air on arrête, que tu es trop petite, que c'est pas le bon. Dix secondes ça dure. Tu souris et tu attends pas la réponse.
LA PETITE : Je ne suis plus si petite et bien d'autres l'ont fait bien plus tôt. Et je veux moi être heureuse et ne pas perdre mon temps et me mettre à aimer quelqu'un. Et il est juste que je ne puisse plus attendre et que je veuille qu'on me regarde et qu'on trouve joli comment je ris et ma mèche de cheveux sur le front. Il est temps de s'entendre dire des mots d'amour de grands. Il est temps de devenir la dame de quelqu'un et de voir si on arrive à le faire pleurer et si j'aurais vraiment mal si il part. Et pourquoi pas celui-là si c'est le premier? Si il s'est fait que je l'ai choisi lui pour être le premier? Et il s'y connaît. Et plus de cent femmes sont passées entre ses bras. Et crois-tu que je pourrai maintenant faire ça avec d'autres? Et qu'ils me touchent et la salive avec d'autres? Et qu'après je ne me souviendrai même plus avec qui j'étais dans le noir, à qui j'ai dit tu es le grand Titou des trésors de l'Alabama? Et ça ne changera rien d'en changer. C'est seulement croire que ce sera différent et moi je ne serai pas différente.
LA GRANDE : Tu as déraillé. Un tout petit déraillement. Tu souffles dessus et il existe plus.