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Baron
Jean-Marie Besset
Baron
Christine Gagnieux, Maxime Leroux - Photo : Laurencine Lot
Actes du théâtre n° 16.[ imprimer ]
Le couple que Jean, auteur de théâtre à succès, forme avec sa femme Blanche, vedette de cinéma, est en crise. Elle lui reproche de vivre dans le passé. Lui la soupçonne de carriérisme, de sacrifier à des effets de mode. Leurs griefs éclatent lors d’une double rencontre : celle de Blanche avec Thomas Knaben, metteur en scène de renommée mondiale et celle de Jean avec un jeune artiste plein de talent, membre de la troupe de Knaben. Comédie de mœurs et de caractères, dans laquelle les conflits les plus âpres, trahison, ambition, mais aussi amour le plus profond, s’expriment avec légèreté et humour, Baron est l’histoire d’un couple d’aujourd’hui.

« Esprit libre à l’écriture pure, vive, brillante, Jean-Marie Besset, est notre plus grand classique vivant. Voilà un pièce intelligente, drôle, féroce, mélancolique. »
Philippe Tesson, Le Figaro magazine

Création au Théâtre Tristan-Bernard, Paris, 5 septembre – 2 novembre 2002.
Mise en scène : Jean-Marie Besset et Gilbert Désveaux. Décor : Alain Chambon. Costumes : Juliette Chanaud. Lumière : Hervé Gary. Illustration sonore : Patrick Vidal. Avec : Maxime Leroux, Christine Gagnieux, Eva Darlan, Pierre Aussedat, Joël Demarty, Stéphan Guérin-Tillié.

Personnages : 2 femme(s) - 3 homme(s) -
Éditions de L’Avant-Scène ; éditions Grasset (avec Commentaire d’amour). - www.grasset.fr

Le bureau-salon de Jean, auteur dramatique. Impression rouge et or. Jean reçoit chez lui Michel, un jeune comédien. La présence de ce jeune homme félin jure quelque peu dans le décor traditionnel de Jean.

JEAN Il y a un rôle pour vous dans ma pièce. Le rôle titre. C’est un fait.
MICHEL Ça s’appelle comment ?
JEAN Baron.
MICHEL Comme un baron ?
JEAN Non, comme Michel Baron, qui était un jeune acteur de la troupe de Molière. Michel, comme vous... J’ai trouvé le titre cette nuit.
MICHEL Oui ?
JEAN Oui. Pour tout vous dire, j’ai à peine dormi depuis l’autre soir. J’ai beaucoup travaillé. J’ai changé entièrement la structure de ma pièce. Alors c’est un bouleversement. Il ne reste pas grand chose.
MICHEL Non ?
JEAN Non. (Un temps.)
MICHEL Et... vous attendez quoi, de moi ?
JEAN De vous ? Mais je n’en sais rien… Et ma femme n’est pas encore rentrée ! Elle me met dans une situation. Elle me laisse vivre... Si elle était là, tout ça ne serait pas en train d’arriver.
MICHEL C’est parce qu’elle travaille avec Knaben qu’on s’est rencontrés.
JEAN Vous avez raison. C’est de sa faute. Ça commence. Je sens que ça commence et c’est déjà l’enfer.
MICHEL Calme-toi, Jean.
JEAN Voilà. On se tutoie. Ça commence.
MICHEL Depuis que je suis là, tu tournes, tu me noies sous les noms, les références. Les architectes anglais, Proust... Tu poses tout ça entre nous... Comme les objets, là, sur tes étagères...
JEAN Oui, pauvres petites armes, hein, contre la jeunesse, contre toute cette avant-garde !
MICHEL Tu dis que tu me fais venir pour un rôle et tu parles de tout sauf de ça.
JEAN Mais non. Non. Parlons-en !... Ça se passe en 1666. L’affaire Tartuffe a commencé. C’est l’année du Misanthrope. Molière a quarante-quatre ans. Et il tombe en arrêt devant cet adolescent, Michel Baron. Il l’engage dans sa troupe. Il écrit pour lui une comédie, Mélicerte. L’histoire de Myrtil, un petit berger qui déchaîne les passions. Baron joue Myrtil. Molière joue le rôle de Lycarsis, « cru père de Myrtil », et qui en fait n’est pas son père du tout. C’est de ce Myrtil que Molière écrit : « Il n’est point de froideur qu’il ne puisse enflammer, Et sa grâce naissante a de quoi tout charmer. »