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Commentaire d'amour
Jean-Marie Besset
Actes du théâtre n° 12.[ imprimer ]
À la suite du décès accidentel de son compagnon, un haut fonctionnaire au ministère des Finances, fait l'erreur de laisser sa meilleure amie d'adolescence, conservatrice de musée à Bruxelles, réintégrer sa vie. Elle, qui n'a jamais cessé d'être amoureuse de lui, se réjouit de ce rapprochement, dans une complicité intacte. Lui, qui avait mis des années, à l'issue de leurs études, pour trouver la bonne distance avec elle, la voit toujours comme une confidente.

" Génération Foucault : c'est à cela que Guillaume et Mathilde aimeraient se reconnaître. Indépendants et interindépendants depuis l'adolescence, ils ont en commun la quarantaine en vue. Amants ratés et amis réussis, ils ont été convoqués pour vivre sous la conduite de Jean-Marie Besset "La passion d'une femme hétérosexuelle pour un homme bisexuel à dominante homosexuelle." […] Mais il y a cette blessure résumée par le nom de Foucault. Un héritage peut-être, dont les rescapés des jeux de l'avant-sida rappellent les grandes dates et les hauts-lieux, avant de tenter d'en écrire une suite. […] Tous deux n'en disputent pas moins du mot qui pourrait définir leurs relations. Elle récuse celui de confidente, ne peut prétendre à celui d'amante. Elle est une complice aussi soumise qu'exigeante, qui observe, analyse, commente. Sans doute pense-t-elle gagner la partie en opposant la durée à l'immédiat, les mots aux actes. Car Guillaume et Mathilde ont en commun une vision du monde solidement littéraire. Et se révèlent, dans deux beaux moments, épistoliers d'élite. "
Jean-Louis Perrier, Le Monde, 8 septembre 2000

" L'amour, le sexe, le temps, la mort sont les héros familiers du théâtre de Jean-Marie Besset. Autour de ces thèmes existentiels, ce jeune homme infiniment doué, tumultueux et rigoureux, ténébreux et ardent, construit depuis une quinzaine d'années, à travers une œuvre originale, une philosophie hardie de la liberté. Il met une écriture classique, exigeante, brillante au service d'une vision très contemporaine de l'homme et de la société, et c'est ce qu'on aime infiniment chez lui. Cette sensibilité moderne à la pérennité du sentiment humain, ce regard jeune et audacieux sur l'intangible. "
Philippe Tesson, Le Figaro, 9 septembre 2000

Création au Théâtre Tristan Bernard du 31 août au 31 décembre 2000.
M.e.s. : J.-M. Besset, G. Désveaux. - Coll. art. : D. Rataud. - Déc. & Cost. : E. Peduzzi. - Lum. : P. Sautelet. - Avec : Nathalie Cerda et Laurent Lucas.

Personnages : 1 femme(s) - 1 homme(s) -
Éditions de L’Avant-Scène

Scène 4
GUILLAUME : Tu comprends bien que si j'ai lutté toutes ces années, si j'ai mis tant de temps dans notre adolescence pour m'affirmer comme tel, selon mes désirs, ce n'est pas pour entrer maintenant dans une nouvelle convention, un autre système normatif dans lequel la seule conduite autorisée consisterait à être un homosexuel monogame! Oui, je suis amoureux de cette fille, et oui, je la désire, oui! Enfin, regarde-la! (il tend le bras vers l'océan)
Un temps
MATHILDE : Excuse-moi mais, tes sept ans avec Gérard, ça ressemblait bien à un couple quand même! Une relation homosexuelle monogame.
GUILLAUME : Peut-être vu de l'extérieur. Mais ça n'a jamais été conçu comme ça. Gérard et moi, c'était inévitable, c'est arrivé, ça s'est imposé, voilà. C'est la durée qui amène ces locutions toutes faites : couple, homosexuel, relation monogame…
MATHILDE : La durée, tu crois?
GUILLAUME : Oui, la durée, l'habitude et la fatigue des autres. Ça ne correspond pas à…
MATHILDE : Oh, tu es tellement sous le signe du fatal, de l'unique, du jamais comme personne!
GUILLAUME : Mais oui! Tu le sais bien d'ailleurs. Avec Gérard, c'était une allégeance absolue, entière, mais tous les jours remise en cause, mais renouvelée chaque matin. Et avec Veanna, c'est pareil, c'est du même ordre. Enfin, regarde-la!
MATHILDE : Et tu ne désires plus les hommes? Tout à coup, tu n'as plus envie de baiser avec des mecs?
GUILLAUME : J'ai dit ça? Tu viens de m'entendre dire ça?
MATHILDE : Alors explique?
GUILLAUME : Explique quoi?
MATHILDE : Comment tu entends réconcilier…
GUILLAUME : Ça m'étonne, tu sais, vraiment, que ce soit toi, venant de toi, toi qui t'embarrasses, toujours de précautions oratoires, qui ne commences jamais une conversation sans préciser le contexte, les circonstances, sans mettre des guillemets partout, de peur qu'on t'enferme, qu'on te piège, et là, tu supporterais très bien de me cantonner moi une image fixe, ce cliché de moi qui a l'air de t'arranger si bien une fois pour toutes!