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Faire naufrage
Caroline Lamarche
Actes du théâtre n° 17.[ imprimer ]
«Que faisiez-vous le jour du naufrage Au départ de cette question, deux hommes et deux femmes entrechoquent leurs vies, leurs amours. L’ombre de la marée noire en Galice plane sur cet échange. Entre résignation et révolte, rêverie et cynisme, enfance et fin d’un monde, des histoires se défont ou s’inventent.
«Faire : verbe d’action.
Comme on fait l’amour, faire naufrage.
Dire : “Je veux être noire et luisante à jamais”.
Caroline Lamarche

«Une voix incontestable et forte.
Patrick Kechichian, Le Monde des livres, septembre 1996

«Tout l’art de Caroline Lamarche tient dans cette façon de frôler les gouffres sans y tomber, d’avancer sur le fil du rasoir entre le pur et l’impur avec une grande sobriété et une impeccable justesse de ton.
Michel Braudeau, Vogue, mars 2000

«Un dosage étonnant de naïveté crue et de légèreté distante.
Les Inrockuptibles, janvier 2003

Enregistré par France Culture le 1er octobre 2003.
Diffusion le 4 novembre 2003.
Mise en voix : Thierry de Peretti. Avec : Céline Millat Baumgartner, Vinciane Millereau, Foued Nassah, Jean-Christophe Pagnac.

Personnages : 2 femme(s) - 2 homme(s) -

GILLES Dis quelque chose, Jeanne. Entrouvre tes jolies lèvres, ta bouche circonspecte. Dis «Le jour du naufrage, j’ai…»
JEANNE Le jour du naufrage, le matin, chez le marchand de journaux, j’ai entendu la radio qui parlait de ce naufrage, des milliers de tonnes de fioul dans les cales et de la pression par 3500 mètres de fond, de tout ce qui s’était déjà répandu sur les côtes, du refus des autorités de laisser le bateau aborder, le bateau renvoyé en haute mer et se brisant là comme tant d’autres qui dorment par le fond et libèrent, jour après jour, leur poison mortel. Moi, je regardais une femme presque nue, avec un string qui lui entrait dans les fesses, sur une couverture glacée, une couverture de magazine dans les ocres et les noirs. Je me souviens de cette femme nue et de la radio qui disait : catastrophe écologique.
GILLES La femme avait une bouche
JEANNE On ne voyait que son cul, très beau, parfait, et une main aux ongles peints. Mais ensuite, quand je suis sortie, j’ai vu une autre femme, elle avait l’air ménopausée et vulnérable, elle avait mis du rose fuschia sur ses lèvres gercées, son visage était tendu, mais je ne pense pas que les nouvelles du jour en étaient la cause, je pense sincèrement…
GILLES N’utilise plus ce mot : sincèrement.
JEANNE Je pense que cette femme se demandait si son mari aimerait son nouveau rouge à lèvres, voilà la vraie raison de son visage tendu, la vie continue après tout.
GILLES Oui, mon amour. Et je suis le seul à pouvoir te gérer, crois-moi.
Le seul à savoir que tu hais les baisers, que tu ne supportes pas qu’on te mange la bouche, que tu préfères une gifle, ou une collection de gifles à ma langue dans ta bouche…
JEANNE Parce que nous avons deux témoins, je te réponds, comme au premier jour : c’est vrai.