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Petits polars à l’usage des grands
Sophie Loubière
Petits polars à l’usage des grands
Actes du théâtre n° 19.[ imprimer ]
Sous ce titre sont regroupées plusieurs nouvelles dont le point commun est la noirceur. Mauvaises intentions, destins croisés, héros malchanceux, enfants en souffrance, actes criminels, fin de parcours… la férocité de la vie me fascine et m’inquiète. L’écriture est une façon de tenir debout face à un quotidien qui dérape, de résister à des pulsions inavouables et d’esquisser l’ironie d’un sourire. L’humour (au même titre que la poésie et l’huile d’olive) est bon pour la santé.

Petits polars à l’usage des grands comprend aujourd’hui plus de trente nouvelles : Compartiment 12, De façon accidentelle, La Réunion, Un vilain défaut, Vernissage, Ne pas dépasser la dose prescrite, Cuisine à l’italienne, Le Million, Ondes de choc, L’appétit vient en tranchant, Le Poisson, L’Homme de la situation, Ma future belle-fille est végétarienne, Rancune, Le Monstre dans la salle de bains, Numéro d’écran 540, Les Beignets de Miss Jewell, Celle qui voulait mourir, Celui qui ne boit pas, Question de goût, La Petite Cuiller à bonheur, Traversez avec prudence, Merci de renvoyer l’ascenseur, Monsieur Robert, Une âme de poète, Le Chemin du Père Noël, Le Cœur sur la main, Le Jeannot, Le Lapin au fond du jardin, Rachid, Les Vacances de madame Martin, Good Morning Western, Les Quarante ans de Marco, Le Funambule, Les Nouveaux Pères, Accident de parcours, La Place du mort, Deuxième étage, porte gauche.

Diffusions régulières sur France Bleu, la RTBF et Radio Suisse romande.

Personnages : 1 femme(s) - 1 homme(s) - autant de personnages que de monologues sélectionnés.
Durée d’un monologue : 10 mn.

– Bah ! Ça a pas été long ! À peine trois ans et demi et me voilà en première page du journal, sans poisson ni lapin. Juste moi, ma frimousse, mes bouclettes blondes et mes petites dents bien rondes. Je fais un sourire de princesse, assise sur un tabouret. Derrière moi, on ne voit pas très bien le joli décor bleu avec des nuages ni le joli bouquet de fleurs jaunes que je tiens entre les mains pour faire plaisir au photographe du magasin. Mais sans vouloir me vanter, c’est la plus jolie photo de tout le journal…
Ce qui me chagrine un peu, c’est que maman aussi est en photo dans le journal. Mais elle, on ne peut pas dire qu’elle soit à son avantage : elle a été prise en photo quand elle sortait du commissariat de police après sa garde à vue, entre deux gendarmes.
Je ne sais pas lire, alors, je ne sais pas ce qui est écrit dans le journal, mais je crois qu’il doit être question de notre dernière dispute à la maison. C’est pas de la faute à maman, si je suis tombée en bas des escaliers. Elle était énervée parce que je ne veux pas manger ce qu’il y a dans mon assiette et que je hurle à vous percer les tympans. Je hurle si fort que même les voisins qui habitent la maison juste à côté m’entendent depuis leur salle de bains et que je les réveille presque toutes les nuits. Oui, la nuit, je hurle parce que je ne veux pas dormir sans lumière et que j’ai mal partout où maman a tapé un peu fort avec sa main. Papa, lui, il est sur la route avec le gros camion frigorifique. Il rentre le vendredi soir quand maman est toute gentille. Mais elle aime pas qu’il reparte le lundi matin. Ça la met de mauvaise humeur et elle recommence à s’énerver après moi. Quand elle tape trop fort et que je perds connaissance, elle me réveille avec des bisous et des caresses et s’excuse de m’avoir fait du mal tout en m’expliquant que je l’ai bien mérité. C’est pour ça que je suis dans le journal : parce que jeudi dernier, j’ai vraiment pas été sage. J’aurais dû faire un effort et manger mes épinards. Et ce n’est pas parce que j’avais vomi dans mon assiette en avalant une première cuillerée qu’il fallait renoncer. Après tout, elle était bien bonne, maman, de prendre le temps de me nourrir. Elle aurait pu aussi bien me laisser encore toute seule dans ma chambre une journée entière, sans chauffage et sans lumière, avec juste une culotte et un maillot de corps. Mais voilà : sans doute que j’avais très envie d’être en photo dans le journal !
extrait de « Ma photo dans le journal »