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Je tue donc…
Jean-Paul Wenzel
Je tue donc…
Actes du théâtre n° 20.[ imprimer ]
« Cinq tragédies miniatures écrites au fil des années et inspirées par des faits divers, un moteur d’inspiration non pas pour un théâtre documentaire, sociologique, mais au contraire pour un théâtre révélateur de chaos intime. Ce qui m’intéresse ce sont ces secousses infimes, ces craquements minuscules de la croûte humaine, annonciateurs de cataclysmes, d’actes telluriques, de meurtres. Écrire depuis cet endroit, sans jugement moral, ni analyse psychologique, écrire ce temps suspendu, ce vertige, où le moindre dérèglement va faire basculer en un éclair, la raison et la normalité. Avec les acteurs travailler sur cette crête, faire émerger pour chacune des cinq pièces les formes, qui, du cabaret à la tragédie en passant par la farce, transcenderont l’apparent réalisme et diront le mieux ce “presque rien” qui précède et engendre le drame, ce secret qui habite chacun d’entre nous. »
Jean-Paul Wenzel

Création mondiale en anglais au PUSH International Performing Arts Festival de Vancouver dans une mise en scène de l’auteur, à l’initiative de l’Institut culturel français et avec le soutien de l’AFAA.
Présentation à Théâtre Ouvert du 14 au 18 juin 2005, avec les élèves comédiens de deuxième année de L’École professionnelle supérieure d’art dramatique du Nord Pas-de-Calais (dir. Stuart Seide).
Mise en scène de l’auteur. Avec : Sébastien Amblard, Chloé André, Azeddine Benamara, Mounya Boudiaf, Christophe Carassou, Jonathan Chanson, Julie Chaubard, Marie Felix, Anne Freches, Jonathan Heckel, Gérald Izing, Marion Laboulais, Anna Lien, Marilia Loiola de Menezes, Caroline Mounier.

Personnages : 3 femme(s) - 4 homme(s) - (ou plus selon le choix du metteur en scène).
Traduction anglaise disponible.

Scène 2. Sur un banc
Alain et Françoise. Elle a un petit chiot sous son pull.
FRANÇOISE Tu sens la viande.
ALAIN Je sors du magasin.
FRANÇOISE Ça ne change rien. (Temps.)
ALAIN Tu devrais arrêter ton régime… tu fonds… ça te donne un air triste Françoise… on peut attraper une dépression à force…
FRANÇOISE Changement de lune.
ALAIN Du froid jusqu’à la Toussaint.
FRANÇOISE Tu regardes le film de guerre ce soir ?… J’ai vu un extrait à midi… sur l’aviation… quand l’avion en flammes atterrit sur le porte-avion… c’est géant… J’aimerais bien visiter un porte-avion. Je vais m’inscrire l’année prochaine pour devenir pilote…
ALAIN Hôtesse à la rigueur…
FRANÇOISE Toi, à part ta boucherie, tu ne connais rien.
[…]
ALAIN Tu es froide ces derniers temps… depuis l’autre samedi.
FRANÇOISE Tu n’aimes pas danser.
ALAIN Je ne sais pas danser.
FRANÇOISE Facile !… Il suffit de remuer en rythme… (Elle se lève et danse.)
ALAIN (off) Tu es vraiment maigre maintenant.
FRANÇOISE Ça peut plaire.
ALAIN Tu l’as revu ?
FRANÇOISE J’aime trop l’armée pour sortir avec un réformé.
ALAIN Lui aussi !…
FRANÇOISE Non ! toi… tu n’as même pas été capable de le faire ton service.
ALAIN Volontairement… je n’ai pas de temps à perdre.
FRANÇOISE Trouillard ! Tu me dégoûtes.
ALAIN Qu’est-ce qui te prend ?
FRANÇOISE Francis l’a fait son service, lui… Il sait danser. Il ne pue pas la viande… Tu n’as pas encore compris, niquedouille, que c’est fini la rigolade ! Tu vas reprendre la boucherie des Mansard, vu qu’ils n’ont pas d’enfant et tu me vois toute la journée à tripoter la bidoche ou à compter les sous-sous au fond du magasin… Regarde-toi Alain, tu es gentil… mais l’avenir, tu vois, ce n’est pas toi. (Elle s’éloigne.)
ALAIN Au moins je ne contribue pas à faire la guerre.
Françoise s’arrête et se retourne.
FRANÇOISE Mieux vaut la guerre que ton avenir de boucher.