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Et d'un ventre pleure une montagne
Adeline Picault
Actes du théâtre n° 29.[ imprimer ]
Stéphanie vient de se faire engrosser dans le vestiaire par le videur d’une discothèque. Ce soir-là, après son travail dans la petite station de ski, elle avait eu besoin de parler à quelqu’un et d’être réchauffée. Sans nouvelle de cet homme qui a été si doux, et ne sachant quelle décision prendre, elle retourne le voir. Ce dernier lui demande gentiment de ne plus l’importuner.
Dans son ventre pleure une montagne.

« L’auteur a la magie de donner au texte des répliques implicites, d’où un propos hyperréaliste où le lecteur a tout loisir de visualiser le décor et les situations. Les mots sont si forts et percutants que les personnages prennent vie d’emblée, dès leur apparition. Ce texte est d’une écriture implacable. Les personnages sont de simples gens qui vivent leurs émotions avant que de se poser des questions. Ils naissent purs et deviennent entachés au fur et à mesure de l’histoire. Il n’est pas important de savoir si l’héroïne va se faire avorter ou pas. Ce qui est important, c’est l’interprétation que chaque spectateur en fera. Et c’est là tout le talent de l’auteur. »
Comité de lecture d’Entr’Actes

Création sur France Inter en juin 2007 dans une réalisation d’Etienne Vallès.

Personnages : 4 femme(s) - 1 homme(s) -

SEQUENCE 1


Devant « Le Flocon Danse », boîte de nuit unique de Saint-Michel-de-Maurienne, endroit où les corps se mettent en mouvement, boîte de nuit isolée dans le paysage et pas forcément très tout ça, mais qui a le mérite d’exister, oui le mérite. A quelques minutes près, il est minuit et demi, Ariane et Frédéric dit Fred pour les intimes et les moins intimes sont là, maintenant.
ARIANE Il ne fait pas exactement chaud ici.

FRED Pas exactement non.

ARIANE C’est la neige ça, forcément ça rafraîchit l’ensemble.

FRED Forcément oui. Votre jupe, je crois aussi que par temps neigeux, ça rafraîchit l’ensemble.

ARIANE La jupe c’est pour danser, c’est pour la flottaison, ce n’est pas pour faire exactement la fille.

FRED Pas exactement non.

ARIANE Ah. Vous ne trouvez pas ça féminin ?

FRED Si. La neige est un élément indubitablement féminin. C’est joli, très joli la neige sur une femme.

ARIANE Il y a des tas d’autres jolies choses sur une femme : les fruits, le sable, les feuilles d’arbre, les étoiles tombées du ciel sans faire exprès, les insoumissions, les rondeurs, les pudeurs, les contradictions, la chantilly…

FRED La nudité.

ARIANE Il ne fait pas exactement nu ici.

FRED Pas exactement non.

ARIANE J’ai filé mon collant.

FRED Ah bon ? A qui ?

ARIANE Je veux dire, il s’est accroché quelque part et maintenant il est tout abîmé, c’est embêtant.

FRED Je plaisantais. J’ai fait un plat je crois.

ARIANE Non.

FRED Pourquoi vous n’entrez pas danser ?
ARIANE Parce que c’est comme si j’étais mieux à danser ici, vous voyez, comme ça, en parlant avec vous et sans danser vraiment. C’est ailleurs, vous voyez, entre les mots et le silence : le ballet.

FRED Je vois. Pourquoi vous ne cessez pas de grelotter ?

ARIANE Moins deux degrés quand même, puis fille émotive, puis vous voyez, il y a certains grelots qui valent le coup de « se les geler ferme » comme on dit.

FRED Je vois. Vous voulez mon blouson ?

ARIANE Pas exactement non. Fille émotive je vous dis, ça ne changerait rien.

FRED Qu’est-ce que vous voulez exactement alors ?