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Yukonstyle
Sarah Berthiaume
Yukonstyle
Jérémie Battaglia
Actes du théâtre n° 61.[ imprimer ]
Quatre personnages perdus dans l’espace immense du Yukon, s’arc-boutent sur leur survie quotidienne : Yuko, Japonaise en exil ; Garin, métis amérindien ; Dad’s, son père ; Kate, une adolescente en fugue qui ne croit en rien. Même en ce bord du monde, l’époque frappe durement : pauvreté sans issue des populations autochtones, violence économique, individualisme et misère affective. Dans une sarabande païenne où les morts ont leur part, ils sont poussés les uns vers les autres par une force inconnue à eux-mêmes.

« Quand nous avons découvert Yukonstyle, nous avons été plusieurs à nous dire que nous étions là en présence d'un texte important, fort, d'une rare authenticité et d'un étonnant pouvoir poétique. La charge de réel qui y est déposée, la densité humaine des personnages, l'âpreté de leur rapport au monde, la rudesse et l'économie des dialogues, et, dans le même temps, la puissance fantastique des visions qui traversent l'écriture, perturbant le réalisme des situations et révélant à l'intérieur des êtres des zones de vertige insoupçonnées, résonnaient comme la promesse d'un matériau scénique inédit et passionnant. »

Célie Pauthe, metteur en scène, sur le site du CDNA de Grenoble
« J'ai imaginé des personnages comme des chercheurs d'or modernes : petite communauté de fortune, toute à sa survivance. Je les ai voulus écorchés, courageux, avides et fulgurants. Quatre solitudes qui se rassemblent, se consolent et s'aiment malgré elles, aux confluents de la vie et de la mort, au beau milieu d'un hiver qui n'en finit pas. J'ai voulu une langue française, mais avec un rythme et une sonorité près de l'anglais ; j'ai aussi voulu des passages narratifs qui serviraient de contrepoids à la rudesse des dialogues et à la pauvreté de la langue des personnages. Je voulais ces envolées poétiques comme des zébrures d'or qui traverseraient une nuit polaire. Comme si le Yukon traversait les personnages et les rendait plus grands qu'eux-mêmes. Comme s'il parlait à travers eux. »

Sarah Berthiaume

Création presque simultanée au Théâtre de la Colline, à Paris et au Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal.

Théâtre de la Colline du 28 mars au 27 avril 2013. Puis Théâtre Vidy-Lausanne en mai 2013 et MC2 Grenoble à l’automne 2013.

Mise en scène : Célie Pauthe. Collaboration artistique : Denis Loubaton. Scénographie : Guillaume Delaveau. Son : Aline Loustalot. Costumes : Marie La Rocca. Avec : Dan Artus, Flore Babled, Cathy Min Jung Boquet, Jean-Louis Coulloc’h.



Théâtre d'Aujourd'hui à Montréal du 9 avril au 4 mai 2013.

Mise en scène : Martin Faucher. Assistance à la mise en scène : Émanuelle Kirouac-Sanche. Scénographie : Max-Otto Fauteux. Costumes : Denis Lavoie. Eclairages : Étienne Boucher. Musique originale : Alexander Macsween. Maquillages et coiffures : Angelo Barsetti. Régie : Jean Gaudreau. Spécialiste de la culture innue : Joséphine Bacon. Avec : Sophie Desmarais, Vincent Fafard, Gérald Gagnon, Cynthia Wu-Maheux.




Traductions disponibles en langue allemande (Frank Weigand et Christa Müller), langue espagnole (Alberto Arribas), langue catalane (Alberto Arribas), langue anglaise (Nadine Desrochers).


Personnages : 2 femme(s) - 2 homme(s) -

Scène 1

«Whitehorse. La nuit. L'hiver. Moins quarante-cinq degrés Celsius. La limite entre le froid et la mort. Une fille habillée en poupée fait du pouce le long de la route principale. On pourrait la prendre pour une pute, avec ses jambes de dix-sept ans fourrées dans la dentelle et son entêtement à se trouver sur la route à cette heure. Mais ce n'est pas une pute. C'est simplement une fille habillée en poupée à moins quarante-cinq degrés Celsius. Elle a froid. Évidemment. Crissement de la neige sous ses bottes à plate-forme. Froufrou de dentelle sur ses cuisses engourdies. Un prénom fait son chemin du chaud de son ventre au bord de ses lèvres et s'échappe en fine buée rose dans la nuit cassante du Yukon. Jamie. La fille soupire. Elle n'aurait pas dû descendre. Elle aurait dû rester dans l'autobus encore une nuit. Monter encore. Se perdre plus creux dans l'improbable Nord. Pousser plus loin la fuite insensée dans les montagnes, l'exhaust, les troupeaux de bisons et les A&W. Mais. Whitehorse. L’image floue d’un cheval blanc sur des rues pavées d’or. Et la voilà. À faire du pouce à moins quarante-cinq degrés Celsius dans son costume de poupée, debout sur la limite entre le froid et la mort.»