SACD - Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques
Entr'Actes
accueil
la moisson des auteurs
à l'étranger
la moisson des traductions
paroles d'auteurs
à l'affiche
au catalogue des éditeurs
archives actes du théâtre
 
 
Actes du théâtre :
la lettre d'information
 
Plan du site
 
[ anglais ]
 
 

la moisson des auteurs

 
     
Alors Carcasse
Mariette Navarro
Actes du théâtre n° 61.[ imprimer ]
Un corps se tient immobile. C’est Carcasse. Principe littéraire autant que théâtral, autant que chorégraphique. Un corps ayant trouvé son identité et sa frontière se déploie avant d’être brutalement replié sur lui-même par les attentes des autres qui ne lui correspondent pas. Une voix explore Carcasse, son corps, son immobilité, ses aspirations et ses défaites. Carcasse, corps dont le genre n’est jamais défini, est un morceau du monde par lequel passent l’air, les mots et les images.

« Carcasse, c’est vous, c’est moi. C’est un corps mais pas seulement, c’est une entité vivante qui tâtonne, hésite, balance, grandit, se retire, doute. Un peu à la manière d’Henri Michaux, Mariette Navarro s’installe dans cette Carcasse pour interroger le monde. Elle l’étend aux dimensions du globe, lui donne des humeurs sismiques et météorologiques : ‘Alors l’air gonfle Carcasse et fait ce qui lui plaît dans ce territoire qu’il s’invente.’ Puis elle rétrécit Carcasse à l’échelle humaine, elle se tient sur le ‘seuil’ de l’univers et des choses, n’osant pénétrer tout à fait dans une époque, la sienne, qui lui semble menaçante, d’ailleurs ‘plusieurs cherchent la faille et bousculeraient bien Carcasse’, entravant ses projets d’extension… »
Eléonore Susler, Le Temps (Suisse), 13 avril 2012

« Le premier opus de Mariette Navarro est une prose poétique fulgurante, cernant au plus près les contours de notre présence au monde. (…) Pour travailler au plus près de ces interrogations qui tournoient, Mariette Navarro explore le corps, fouille sa frontière, la peau, ausculte les organes, leurs fluides, leurs battements, elle va au plus près de tout ce qui nous fait chair et chaleur, substance et impermanence, être et mourir, pour en dégager cette subtile incertitude d’oscillation qui nous habite, enfouie au plus profond, car source de vertige. (…) »
Lucie Clair, Le Matricule des Anges, juin 2011

Création radiophonique pour France Culture, dans une réalisation d’Alexandre Plank, avec la voix de Bénédicte Cerutti et la musique de Matthieu Gagelin (diffusion en octobre 2011).
Lectures publiques : par Denis Lavant lors de la XXème édition des Lectures sous l’arbre (Chambon-sur-Lignon), en août 2011, puis à la Comédie de Saint-Etienne (mars 2012), puis au festival Rencontres à Lire de Dax (avril 2012) et enfin au festival Terres de Paroles en Normandie (juillet 2012) ; par Monica Budde à l’Espace Eclair de Lausanne (mai 2012) ; par Rémy Jacqmin lors du festival Les scènes déménagent à Fougères (août 2012).

Cheyne éditeur, Collection Grands Fonds.

Personnages : 1 femme(s) - 1 homme(s) - Une femme ou un homme
Editions Cheyne

C’est que plusieurs s’agitent et se pressent. Mais c’est journée glaçante et immobile, ils auront beau pousser derrière, Carcasse n’avancera pas le pied de façon si facile. Qu’ils prennent des détours et changent le programme de leurs activités, puisque Carcasse maintenant fait blocage, qu’ils comprennent que c’est posture irrémédiable, ou bien qu’ils apportent de l’aide. Et pour Carcasse ce qui viendrait naturellement serait : se rouler en boule et attendre qu’une main débarrasse le passage et entraine Carcasse en dehors, hors-jeu, au vestiaire Carcasse. Mais pour l’heure ne peut pas mieux faire, Carcasse, ne peut pas. Le moindre mouvement conduirait à cogner le corps contre un autre, qui passe plus rapidement et plus solidement, pense Carcasse qui ne veut pas risquer la collision, et blesser sa paroi maintenant qu’elle est ferme. Et Carcasse de toujours abandonner la course, parce que trop peu pour moi, parce que pas d’amour du sport.
Plusieurs aussi sont là, au beau milieu de leur époque, et évoluent en flux et se retrouvent en flots et font s’écouler dans leur sens tout ce qui passe à leur portée. Et les flux de Carcasse vont leur cours eux aussi, mais c’est par en dedans que cela se produit. Carcasse pèse de tout son poids sur le socle de ses pieds, quand plusieurs autour sont légers, et se déplacent avec le vent et tournent. Chaque membre de Carcasse imprime son poids vers le bas et aucun ne tente d’envol. Les bras de chaque côté tombent des épaules plutôt que d’en surgir et d’amener un geste, et même le bout des doigts tire Carcasse vers en bas, attire vers le sol mais sans jamais chuter, apportant par le bas l’équilibre qu’il faut. Tiens c’est période bétonnée se dit Carcasse, c’est période cimentée, et de sable, et de cailloux, mais moi au bord de mon époque on attend de moi plus de souplesse je me trompe ?