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Un jeune se tue
Christophe Honoré
Un jeune se tue
Jean-Louis Fernandez
Actes du théâtre n° 62.[ imprimer ]
Il fait nuit sur la départementale qui longe la forêt. C’est le plein été. Trois silhouettes de filles autour d’une voiture en feu. Elles sont penchées sur le corps mutilé de Gaëlle.
Font alors surface des morceaux de présent et de passé. Plus tard surviendra le temps du rituel, avant le retour des fantômes : Un jeune se tue est une romance terrible sur l’amour, la mort et les fantômes. C’est une pièce sur les revenants.

« La première image fut celle d'une route de campagne, une nuit d'été.
La première action fut celle d'une voiture renversée, juste après un accident, au moment du silence et des fumées.

Et pour animer cette image-action, des corps d'une jeunesse de province qui se débattent. Luttent contre l'ennui, les fantômes, les destins tracés. Des corps en guerre, mais d'une guerre privée. Avec des visages tremblants, et joyeux, et disparaissant dans la nuit.

J'ai essayé de construire aux jeunes comédiens une histoire, des épisodes, des chemins. J'ai cru au récit que je leur demande de porter. Contraignant ma langue à moins de ruses, moins de manières. J'ai cru dans l'écriture d'une pièce où le réel serait à profaner. »

Christophe Honoré

« Le texte donne vie et sensibilité à ces enfants perdus par l’accident, la mort, le deuil, une société qui leur vide les entrailles : la jeunesse a mille manières d’exprimer son désarroi et sa colère, du sacrifice à l’abjection, et la pièce en montre quelques-unes. Parfois, Duras n’est pas loin, comme quand la sœur de Gaëlle dit : ‘Elle est morte sous leurs yeux. Pourquoi elle a fait ça ? Pourquoi elle a pas choisi mes yeux à moi ?’ »
Philippe Lançon, Libération, 16 Juillet 2012

Création dans la salle de l’ISTS au Cloître Saint-Louis, d’Avignon, 10-16 juillet 2012. 30-31 octobre au théâtre de la Vignette de Montpellier
Mise en scène : Robert Cantarella. Avec : Katell Daunis, Clémentine Desgranges, Kathleen Dol, Arthur Fourcade, François Gorrissen, Maud Lefebvre, Lucile Paysant, René Turquois, Béatrice Venet.

Personnages : 6 femme(s) - 3 homme(s) -
Actes Sud-Papiers

YOHANNA Il était là… (Elle est ivre morte.) Il se tenait droit, au milieu de la route. Le visage flottait. Devant son corps, le visage. Comme un saint des tableaux. Le regard qui me fixait, fixait un point qui se déplaçait sur moi… Le point bougeait sur mon front ou ma bouche, sur mes mains sur le volant. Moi j’étais concentrée sur son visage flottant. Il se tenait debout, immobile. Les filles, je l’ai vu. (Elle vomit.) Qui rayonnait… Le bon copain. Celui qui portera convenablement alliance et chaussures de cuir. Mais là, non, il était blanc. La peau. Les épaules nues… Plus bas, je ne sais pas. Est-ce que j’ai regardé plus bas ?... Ses mains, je ne les ai pas vues. Son nez oui. Un vrai nez. La bouche, je ne sais pas. J’ai l’impression qu’il n’avait pas de bouche. Il paraissait petit sur la route, mais il est plus grand que moi. Il était au ralenti. Comme dans l’eau. Quand nos muscles font l’effort nécessaire pour garder le corps au fond de l’eau. Et dessus, ce regard de femme, regard qui console. On le connaît, les filles, certaine qu’on le connaît. Lui aussi, me connaît. Il savait qui j’étais. Il me regardait comme s’il me reconnaissait. Il voulait me dire quelque chose. Aidez-moi. Aidez-moi à le retrouver.