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Un temps de chien
Brigitte Buc
Un temps de chien
Photo : DR
Actes du théâtre n° 70.[ imprimer ]
Gabrielle abuse du Lexomil, avalé à grandes lampées d’Armagnac et enchaîne les amours catastrophiques avec de beaux mufles qui la laissent sur le carreau.
Loulou se fout des autres, et n’aime que son fils.
Quant à Hélène c’est une femme au bord de l’implosion, qui tente de donner le change par un optimisme forcené.
Ces trois femmes, qui se sont de prime abord regardées en chiens de faïence, vont finalement se donner un sacré coup de main pour traverser une période délicate de leur vie, sous l’œil narquois d’un garçon de café en pleine crise de misogynie aigüe.
Ce qui s’annonçait comme une journée pourrie à tous points de vue, deviendra un des moments les plus joyeux de leur existence.

Préjugés, méfiance, et autres gracieuses manières d’aborder Nos Amis les Autres... « Que de suppositions, généralement négatives sur nos semblables, avant de les connaître et d’être obligé, souvent, de faire son mea culpa : On s’était trompé, cette personne n’est pas du tout celle qu’on pensait... C’est malin, on aurait pu attendre un peu avant de se faire une opinion.
Il faut admettre que le problème avec les préjugés, c’est que parfois, ils se révèlent exacts. Le type à la sale gueule est vraiment un sale type, et la présumée idiote n’a vraiment pas inventé l’eau tiède. Et quand bien même...
Les quatre protagonistes du Temps de Chien ne dérogent pas à la règle. Ils commencent par se faire des idées les uns sur les autres, et après seulement, ils font connaissance. Il leur faudra rester une journée entière dans ce café, tandis que dehors la météo s’affole, pour qu’enfin, la méfiance réciproque s’évanouisse et que la façade des apparences ne finisse par se lézarder.
Alors et seulement alors, quelque chose de l’ordre de l’amitié, et peut être même de l’amour, tentera de surgir entre ces quatre-là. La seule aventure de la vie qui vaille la peine, la rencontre profonde et forte de nos semblables, peut enfin commencer ! »
Note d’intention de l’auteur

Création le 24 janvier 2014 au théâtre Montparnasse.
Metteur en scène : Jean Bouchaud. Décorateur : Jean Haas. Lumières : Franck Thévenon. Costumes : Carine Sarfati. Avec : Valérie Lemercier, Pascale Arbillot, Patrick Catalifo, Mélanie Bernier.

Personnages : 3 femme(s) - 1 homme(s) -
L'Avant-Scène Théâtre

Gabrielle s’est approchée d’Hélène pour la réconforter.
GABRIELLE Je crois que vous faites une allergie, c’est très rouge et tout gonflé…Venez voir.
Loulou arrive et regarde à son tour le cou d’Hélène.
LOULOU Elle a mangé plein de moutarde avec ses frites. C’est très dangereux la moutarde, on peut faire un oedème de Quick.
GABRIELLE Non, Loulou, non, ça c’est quand on mange trop de hamburgers.
HELENE C’est rien du tout, c’est psychosomatique. Dès que je parle de ma mère, ou de l’Australie, je fais des plaques. C’est rien, ça va passer.
LOULOU C’est marrant, hein, ces trucs là... (Elle lui sert un verre de vin.) Allez buvez un coup, madame Picard.
HELENE Oh, appelez-moi Hélène, je vous en prie. D’abord Picard, c’est pas mon nom, c’est celui de mon mari. J’ai toujours trouvé ça con comme nom.
LOULOU (avec autorité) Quand on est triste, il faut sortir sa colère, parce que si on garde tout à l’intérieur, on attrape le cancer. Et vous, vous êtes une femme en colère Hélène. Hein Gaby ?
GABRIELLE Ouais... Très très en colère même.
LOULOU Allez, gueulez un bon coup, Hélène, sortez votre cancer... Enfin, votre colère. Votre mère est une punaise, vous lui avez jamais dit ?
HELENE Non. Je viens juste de m’en rendre compte.
LOULOU Alors vas-y, dis-lui, dis-lui !
HELENE Vous croyez ?... Maman…Tu n’es pas très gentille…
LOULOU Faut y aller plus franchement.
HELENE Maman, non seulement t’es pas gentille, mais en plus…T’es un peu... rosse !
LOULOU Tu peux aller plus loin.
HELENE Maman... Maman…
GABRIELLE (inquiète, à Loulou) Vous êtes sûre de ce que vous faites ?
LOULOU Certaine, ça marche neuf fois sur dix.
GABRIELLE Et la dixième, qu’est-ce qui se passe ? Elle est très très rouge…
HELENE Maman…
LOULOU Ça vient. (A Gabrielle.) Arrêtez avec vos ondes négatives, vous l’empêchez de s’exprimer…
HELENE (se levant, toute raide) Maman méchante, égoïste, garce…
Le Garçon apparaît, les assiettes de dessert dans les mains. Il s’arrête.
LOULOU Oui c’est ça, c’est bien, continue ma grande…
HELENE Maman…T’as gâché ma vie grosse pute!
LE GARÇON (après un temps) Il restait que deux profiteroles, j’ai pris un moelleux pour remplacer...Ça ira quand même ?