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ChocoBé
Laura Tirandaz
ChocoBé
photo © Patrick Singh, Institut français du Burkina Faso, 2011
Actes du théâtre n° 77.[ imprimer ]
Une tragédie contemporaine en Guyane. Les tensions sociales se mêlent aux différentes origines des personnages, blancs, noirs, métisses ou asiatiques. Chacun porte en lui sa zone d’ombre : les trafics, la jalousie, le désir de vengeance, avec pour toile de fond la forêt étouffante et la fête comme exutoire à la frustration. L'évocation de cette terre guyanaise est au cœur du texte, entre chaleur et violence.

« Dans Choco Bé, l’homme est pris entre une nature puissante et une ville chaude et électrique, et ce n’est pas non plus de la sociologie qui s’accroche au fait divers, c’est du théâtre, quelque chose se passe devant nous qui nous concerne. La Guyane n’y est pas un décor de théâtre. On est avant tout plongé en elle, c’est à dire soumis à elle, à sa proximité de l’océan, à son climat tropical et à sa moiteur, à sa forêt omniprésente : tour à tour no man’s land, bête dévorante, refuge, Pythie... »
Extrait du texte de Benjamin Moreau « Heureusement, on écrit encore des tragédies » pour le programme de Regards Croisés, édition 2012

Création du 26 mars au 11 avril 2015 au Tricycle,
spectacle coproduit par la MC2.
Mise en scène : Benjamin Moreau. Avec : Mélanie Bourgeois, Jean-Christophe Folly, Bernard Garnier, Martine Maximin, Nina NKundwa (distribution en cours)

Personnages : 3 femme(s) - 4 homme(s) -
Tapuscrits Théâtre Ouvert

CHOCO Rentre chez toi, Moa. Rentre. Je reste ici avec le chien. Ewa ne va pas tarder. Ce n'est pas grave. Je souffle parce que c'est la nuit chaude qui m'étouffe. Je n'ai jamais aimé le temps avant l'orage, tu sais. J'ai les os brisés de fatigue ce soir, Moa, tu ne m'avais pas prévenu que c'était ça, être un homme, risquer de se tromper à chaque fois et devoir toujours faire vite parce que l'on a besoin de vous. Pourquoi tu ne m'as rien dit, tu m'as juste parlé des femmes, Moa, mais tu ne m'as rien dit des pharmaciens, des routes la nuit et des animaux qui crient avant de mourir. Tu as cru que je comprendrais seul c'est ça ? Mais je suis perdu Moa, je ne sais pas lire et je suis mauvais en affaires, tu sais. Les gens me connaissent et m'aiment parce que je reste à ma place. Je ne me bats plus qu'avec mes femmes. Qu'est-ce que tu voulais que je devienne ? Je ne pouvais pas faire autre chose que courir après des balles manquées et des femmes en colère. Il faut bien que je rencontre ce qui me fait le plus peur, Moa, il faut bien que je surmonte cette peur, celle qui me fait rester au garage à respirer les fumées des moteurs trafiqués et goûter l'essence de contrebande pour savoir si elle est bonne. Moa ? Tu ne réponds pas ? Tu ne pleures pas, j'espère. Je ne savais pas que tu savais pleurer. Pardon Moa, c'est le sang qui tourne et qui me rend méchant. C'est la balle qui attend après la pluie. Chaque année à cette période ça me lance, je crois qu'elle rouille, cette balle, elle me gratte toujours avant la saison des pluies. Et dès qu'il y a la pluie, ça se calme. Quand se décidera-t-elle à tomber dans ce pays ? Quand est-ce qu'il pleuvra enfin qu'on en finisse ? Pourquoi tu ne réponds plus ? Je parle doucement, je ne crie pas. Je ne t'ai jamais fait de mal. Excuse-moi. Chante, Moa.