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Un autre que moi
Véronique Olmi
Un autre que moi
DR
Actes du théâtre n° 87.[ imprimer ]
Le soir de ses quarante ans, Fred, un homme riche et distingué, se réfugie dans une chambre d’hôtel pour fuir la fête organisée en son honneur. Avoir 40 ans le terrifie, il ne souhaite qu’une chose : être seul et oublier qu’il vieillit. Sa solitude est très vite interrompue par Frédéric, un vieil homme pauvre et mal mis, qui traverse le miroir de la chambre, se plante face à lui et lui annonce : « Je suis toi. C’est aussi mon anniversaire. Je suis toi dans quarante ans. »

« J’ai depuis toujours la sensation que depuis l’enfance tous nos âges cohabitent en nous, que notre inconscient garde en mémoire ce que nous croyons avoir oublié, et qu’il nous dirige à notre insu. Pourtant, bien des époques, des cycles de notre passé, nous semblent appartenir à d’autres tant ils sont loin de la personne que nous sommes devenus.
Dans Un autre que moi je me suis demandée : que se passerait-il si un homme se trouvait soudain confronté à son futur ? Et que de surcroît, ce futur, cet être qu’il serait devenu, lui ferait horreur ?
Entre Fred et Frédéric, le même être à 40 et 80 ans, il y a un jeu de fascination et de rejet, une reconnaissance et une répulsion, un flux contradictoire qui les entraine tous deux sur le chemin drôle et tragique des découvertes, des souvenirs, des défis, et finalement d’un pari fou : et si l’on pouvait changer le cours de son destin ? Qui y perdrait ? Et à quel prix ? »
Véronique Olmi


Création au théâtre de l'Atelier, fin février 2016.
Mise en scène : Jean-Daniel Verhaeghe. Assistante mise en scène : Dyssia Loubatière. Lumières : André Dior. Décor : Catherine Bluwal. Avec : Claude Rich, (distribution en cours).

Personnages : 2 homme(s) -
Albin Michel

FRED Tu veux me faire croire qu’on va vieillir tout seuls ?
FREDERIC Oui, mon petit. Ecoute : on n’a jamais feinté, toi et moi. Ceux qui se retrouvent à quatre-vingts ans à taper le carton, à partir en voyage organisé, à emmener leurs petits-enfants au musée de la Marine, ceux qu’on visite le dimanche à la maison de retraite, qu’on sort à Noël voir les vitrines, ceux-là sont ceux qui se contentent de peu. C’est pas notre genre.
FRED Tu es en train de me dire qu’on t’a proposé tout ça et que tu l’as refusé ?
FREDERIC Oui. Bien sûr.
FRED Les voyages, les parties de poker, les petits-enfants ? Tu as tout rejeté ? Tu as bien encore… une maîtresse ou deux ? Au moins une… Même de ton âge ?
FREDERIC De mon âge ? On a toujours eu les vieilles peaux en horreur, toi et moi.
FRED Tu n’as pas une jeune professionnelle pour te faire des gâteries, un soir comme celui-là ?
(Un temps)
Mais c’est atroce ! Je ne veux pas vivre ça, jamais !
FREDERIC C’est écrit.
FRED Ecrit ! Ecrit ! Moi, j’efface tout !
FREDERIC Le destin ne s’efface pas.
FRED Mais je ne veux pas de cette vie-là ! Sous aucun prétexte ! Je ne veux pas y aller, jamais ! Je veux baiser jusqu’à en mourir, tu m’entends ? Jusqu’à en mourir ! Avec n’importe qui, une vendeuse de sushis, une escort girl, une vieille copine, je m’en fous, je prendrais tout ! Tout ! Mais je veux tenir les femmes dans mes bras ! Et boire du champagne, et m’empiffrer de saumon, de thon et de vaches folles ! Je veux jouer au poker avec mes potes et même avec ceux qui ne le sont pas. Je pourrais même, tiens, je pourrais jouer aux échecs dans les jardins du Luxembourg, au PMU dans un bar du XVIIIème, au loto dans une kermesse, mais jouer encore, jouer ! Et puis je veux emmener mes petits-enfants, mais pas au musée de la Marine, non, je veux leur montrer l’Origine du monde, en cachette de leurs parents, et me déguiser en Père Noël, en fée Clochette s’il le faut, mais je veux qu’il y ait des enfants, des femmes, des potes, tout, je veux tout ! Sauf toi.
FREDERIC Calme-toi. J’ai quarante années de vie de plus que toi. Et elles n’ont rien à voir avec ce que tu viens d’évoquer.
FRED Je vais tout réécrire. Je vais tout changer. Tout !
FREDERIC Tu ne réécriras rien, jeune homme. Tout ce qui m’est arrivé, t’arrivera. Et tu ne peux rien y faire.
FRED Mais je ne serai jamais toi, tu entends ? Moi, vivant : jamais !