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Paroles d'auteur

 
Pierre Barillet
© DR
Paroles croisées | Un entretien avec Pierre Barillet, par Sabine Bossan


 

Sabine Bossan Pierre Barillet, Jean-Pierre Grédy et vous faites à nouveau l'affiche avec votre pièce Potiche qui a été réalisée au cinéma par François Ozon. Pourquoi pensez-vous que cette pièce en particulier l'a intéressé ?

Pierre Barillet Ca l'a intéressé à deux titres parce que cet intérêt s'est porté en deux temps. Il a découvert Potiche un jour par hasard en achetant des DVD et cette pièce l'a vraiment beaucoup amusé. A ce moment-là il a pris contact avec nous et nos pourparlers ont été très avancés mais il s'est désisté le jour même où nous allions signer notre contrat.


SB Comme ça ?

PB Oui. Puis son agent a dit au mien qu'Ozon s'était trop intéressé à ce sujet pour n'y pas revenir, que quand un sujet l'accrochait il ne l'abandonnait pas. J'avais pris ça pour des paroles de consolation et je n'ai plus entendu parler de lui. Quelques années se sont écoulées, et il m'a téléphoné pour me dire que finalement cette Potiche il l'aimait. Je crois que c'est la candidature de Ségolène Royal qui a déclenché cela. Il avait été son conseiller à un moment et puis ils se sont éloignés l'un de l'autre.
Ce qui lui plaisait aussi dans Potiche s'avérait être d'une étonnante actualité. Et il a traité librement de cette actualité en faisant ce qu'il a fait et en maintenant voire même en reculant l'âge de Potiche. La pièce avait été créée en 1980, les élections étaient intervenues pendant les représentations et nous avions nous-mêmes dû, passant d'une majorité à une autre, modifier quelques répliques de la pièce.


SB La proposition d'Ozon vous a surpris ?

PB Ca m'a surpris et enchanté. Il est très agréable qu'une pièce pour ainsi dire enterrée soit déterrée et que des auteurs qu'on pense à la retraite reviennent sur le devant de la scène.


SB Il y a cinq ans, ce n'était pas pour Ségolène Royal que François Ozon voulait adapter Potiche au cinéma.

PB Je crois qu'il avait été séduit par l'atmosphère, l'histoire, les personnages. Il y avait vu matière à un bon scénario et la couleur politique avait sûrement dû l'exciter un peu.


SB Est-ce qu'on vous avait déjà demandé d'adapter vos pièces au cinéma ?

PB Nous avons eu pas mal de pièces adaptées au cinéma. Par exemple Fleur de cactus a été achetée par les Américains, la pièce a été représentée aux Etats-Unis à Broadway avec Lauren Bacall. Les droits de cinéma ont été acquis par la Columbia et le film a été tourné avec Ingrid Bergman. Le film a été un énorme succès aux Etats-Unis puisque la même année sortait La Mélodie du bonheur qui était numéro un et Fleur de Cactus numéro deux. Ensuite il y a eu Quarante Carats qui a également été jouée aux Etats-Unis. Là c'est Liv Ullman qui a tourné le rôle, mais ça a eu moins de succès. Nous avons travaillé également avec René Clair pour Les Belles de nuit.


SB C'est une belle carrière cinématographique !

PB Elle aurait pu être meilleure. Grédy avait fait ses débuts à l'IDHEC, il avait écrit un scénario d'après un livre de Colette qu'Edwige Feuillère avait interprété. Il se destinait vraiment à une carrière cinématographique. C'est le succès du Don d'Adèle qui a tout bousculé dans nos projets.
Moi je me croyais un auteur très dramatique. J'avais eu une pièce au Théâtre de Poche que j'avais signée seul, très mauriacienne. Je ne me croyais pas du tout destiné à la comédie.


SB Comment est venue cette complicité avec Grédy ?

PB Nous essayions d'écrire des scenarii et puis un jour nous avons écrit presque pour les copains, pour nous amuser, Le Don d'Adèle.
Les pièces que nous avons signées, nous les avons écrites dans la plus étroite collaboration. Elles ont été conçues et écrites ensemble et je pense que c'est une des raisons de leur réussite. La comédie n'a rien à voir avec le drame car si vous avez un bon sujet dramatique, que vous avez une bonne scène, vous êtes sur des rails et vous écrivez. Dans une comédie il faut soutenir dans le dialogue l'intérêt du public, or nous éprouvions nos répliques l'un sur l'autre, nous étions donc à la fois créateur et spectateur et je pense que c'est ce qui a donné une certaine vie à nos dialogues et qui a fait leur réussite.
Nous commencions toujours nos pièces avec une très bonne construction. Dans la comédie, particulièrement, il faut savoir où l'on va. Les bonnes idées de départ c'est une chose, les bonnes idées d'arrivée c'est beaucoup plus difficile. Dans tout ce que nous avons fait il y avait une grande dose de travail.


SB Qu'est-ce qui vous a le plus séduit dans ce métier ?

PB J'ai toujours écrit. Enfant, si on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais que j'écrirai des pièces. C'est une vocation. Etrange vocation d'ailleurs, parce que rien dans ma famille ne m'y conduisait. Mes parents allaient juste voir deux ou trois pièces à succès par an mais je me souviens que lorsqu'ils revenaient, le programme était pour moi comme une bible.
Je me souviens aussi des premières opérettes au Théâtre du Châtelet. Pour moi cette fiction devenait la vérité et le décor était plus vrai que le décor de la vie. Ca confortait mon imagination, ça m'ouvrait des horizons. J'y pensais, j'y repensais.


SB Auriez-vous aimé faire quelque chose d'autre ?

PB J'aurais aimé dessiner sans doute, je dessinais pas mal. J'aimais beaucoup la musique aussi, enfant j'ai fait du violon. C'était dans le domaine artistique de toute façon. Je n'ai jamais touché à mon train électrique.


SB Qu'est-ce qui vous motivait dans vos démarrages d'écriture ? C'était quelque chose que vous aviez lu, vu, une personne rencontrée, un fait divers ?

PB Oui. La Reine blanche par exemple c'est un fait divers. La Plume aussi. Le Don d'Adèle, c'était les démêlés de nos mères avec leurs bonnes. Les bonnes tenaient une place considérable dans la vie bourgeoise à notre époque. Aragon et Elsa Triolet y ont vu une satire de la bourgeoisie, ce qui nous a beaucoup étonnés. Nous ne voyions pas si loin et nous ne cherchions pas du tout à faire une critique sociale.


SB Les personnages féminins sont vraiment les socles de vos pièces.

PB Oui c'est vrai. Ce sont plutôt des actrices qui nous inspiraient, des caractères. Nous avons bâti nos intrigues davantage autour de caractères. Notre admiration pour Sophie Desmarets y a été pour beaucoup.


SB Vous aviez à l'époque des actrices femmes qui étaient des monstres de scène : Sophie Desmarets , Jacqueline Maillan, Danielle Darrieux , Edwige Feuillère , Maria Pacome.

PB Oui, ça manque un peu maintenant.


SB Qui a créé le rôle de Potiche ?

PB C'est Jacqueline Maillan. En fait c'est parti vraiment sur le titre. Elle n'était pas vraiment potiche dans la vie Maillan, mais je trouve que physiquement elle faisait potiche. C'était un mot de Madame Chirac qui quand son mari a été nommé Maire de Paris, avait dit : « Ne comptez pas sur moi pour être une potiche ! » Je me suis dit que Potiche et Maillan, ça collait très bien.


SB J'espère que Jacqueline Maillan n'a pas pris ombrage de cette comparaison !

PB Non elle ne se vexait pas. Dans la pièce, Maillan a toujours le dernier mot. Elle n'a pas exactement suivi ce que nous souhaitions faire à l'origine. Nous voulions qu'elle soit complètement éteinte durant le premier acte et qu'elle ne dise pas un mot, elle était suffisamment expressive. Mais c'était trop demander à Maillan qui ne pouvait s'y résoudre et nous avons quand même dû lui donner un minimum de répliques. C'est elle qui avait suggéré, à défaut de répliques, qu'elle pourrait faire un peu de jogging ce qui a été repris d'ailleurs dans le film.
Le choix d'Ozon de prendre dans le rôle Catherine Deneuve nous a rendus un peu sceptiques mais nous n'aurions pas dû l'être. Parce qu'en fait Danielle Darrieux a joué la pièce et cela s'était très bien passé or Deneuve est beaucoup plus proche de Darrieux. Je trouve que Catherine Deneuve a énormément humanisé le rôle.


SB Sur quoi écririez-vous une pièce de théâtre aujourd'hui ? Peut-être êtes-vous d'ailleurs en train d'en écrire une.

PB J'en ai écrite une avec Elisabeth Badinter, qui n'est pas du tout une comédie, inspirée par un de ses livres sur l'Infant de Parme. J'avais déjà écrit avec elle des émissions de télévision, des dramatiques notamment sur Condorcet tirée du livre qu'elle avait fait avec son mari. Une autre émission sur Malesherbes. Ca la tentait beaucoup d'aborder le théâtre à la faveur de ce sujet puisque cela traite de l'éducation qui est un de ses hobbies. J'espère que cela va se monter rapidement même si rien ne se passe rapidement de nos jours. Les mœurs théâtrales ont complètement changé. Vous allez voir un directeur de théâtre et il vous demande si vous avez un producteur. A notre époque, c'était le directeur de théâtre qui cherchait le producteur, ce n'était pas le métier des auteurs ni des metteurs en scène. Maintenant c'est la question qui se pose.


SB Et on demande également une vedette.

PB Ca n'a jamais été facile, mais c'est devenu beaucoup plus difficile qu'avant. Nous on nous disait : « Oh vous jouez sur la facilité vous écrivez pour des vedettes ». Mais il fallait les convaincre les vedettes.


SB Ce n'était pas elles qui vous demandaient d'écrire pour elles ?

PB Sophie Desmarets ne nous a jamais rien demandé, elle détestait jouer donc il fallait la convaincre. Elle n'aimait que les répétitions et avait horreur de paraître en scène devant le public. C'est nous qui lui faisions la cour. Maillan, elle, demandait. Elle ne demandait rien de précis sauf de penser à elle, c'était quelqu'un d'angoissé. Donc on pensait à elle et Potiche est venu comme ça.


SB Vous êtes très joués à l'étranger.

PB Ozon m'a dit, un peu étonné d'ailleurs, qu'il avait vu l'affiche du film en Allemagne et que nos noms étaient en très grand. J'ai dit qu'en effet nous étions très connus là-bas. Nous sommes un peu des classiques de la comédie en Allemagne. En fait nous sommes joués dans le monde entier.


SB Vous avez eu ce que n'ont pas beaucoup d'auteurs, et qui est d'être joués dans les pays anglo-saxons.

PB Nous préparons justement une reprise de Fleur de cactus aux Etats-Unis. Pour moi c'est très gratifiant parce que nous n'y arrivons pas en France. Ce qui me choque terriblement ici c'est de voir des pièces qui ont un succès fou avec une vedette être retirées de l'affiche après cent représentations parce que la vedette n'est plus disponible. C'est si difficile le théâtre que je trouve cela malhonnête. Une pièce qui rapporte permet de donner des chances à d'autres. Maillan, elle, jouait parfois deux ans de suite, elle jouait tant qu'il y avait du public.


SB Il y a eu de nombreuses reprises de vos pièces.

PB Oui, les plus grands succès. Le Don d'Adèle a été très souvent reprise, ça partait en tournée et puis ça revenait à Paris. Pour Fleur de Cactus c'est plus difficile parce qu'il faut deux numéros un.
Ca avait été repris avec succès, avec Sophie Desmarets vingt ans après la création, ce qui est rare, mais son partenaire aussi bon qu'il ait été n'était pas Jean Poiret et on a senti un petit déséquilibre du couple. On ne s'intéressait pas vraiment à ce que ce couple se reforme. Il y avait un ingrédient qui manquait.


SB Fleur de cactus sera jouée sur Broadway également ?

PB Oui. Si ça refait un succès, ce sera une grande joie. J'aime beaucoup le théâtre aux Etats-Unis, j'y suis beaucoup allé. Grédy et moi avons été formés à l'école des comédies américaines.


SB Vous avez également adapté un grand nombre de pièces anglo-saxonnes.

PB Oui énormément. Nos pièces se jouaient longtemps, on se serait ennuyé. Comme nous ne pouvions pas trop fournir, nous faisions des adaptations. Là, nous travaillions séparément avec Grédy puis nous nous rejouions la pièce et nous révisions les dialogues ensemble.


SB C'est merveilleux pour un auteur d'être traduit par un autre auteur. Quels sont vos souvenirs les plus marquants au théâtre ?

PB La générale de Fleur de cactus qui a été un énorme succès, la salle explosait littéralement. Et puis il y a eu Quarante Carats, qui malheureusement aujourd'hui est un peu oubliée. Ca a été monté en 1967, ça venait après le triomphe de Fleur de cactus mais les actrices nous refusaient le rôle, elles ne voulaient pas épouser un garçon de vingt ans, elles voulaient retourner au vieux mari. Cela avait donc été dur d'y arriver et cette générale a aussi été un triomphe.


SB Et dans les moments d'écriture ?

PB C'était plus souvent amusant que laborieux. Nous travaillions presque comme des fonctionnaires. Nous nous astreignions à nos heures de travail, nous nous voyions tous les jours quoi qu'il advienne. Il y avait les bons jours et les mauvais jours.


SB Quels étaient vos rapports avec la critique ?

PB Nous ne voulions pas en avoir. Je n'aurais pas supporté d'avoir des relations amicales avec quelqu'un qui aurait descendu en flammes une de mes pièces. Nous n'étions pas favorisés non plus. Ils nous ont largués quand cela allait moins bien. Nous n'avons pas du tout été aidés par la presse.


SB Mais vous aviez de bonnes critiques.

PB Oui, mais nous n'avions pas de critiques indulgentes. Très souvent on nous disait : « Que serait cette pièce sans Sophie Desmarets, sans Jacqueline Maillan » ? Marcabru a été très honnête.
Il était venu voir Folle Amanda, et avait fait une critique moyenne du genre : « heureusement il y a Jacqueline Maillan… ». Il est revenu ensuite voir la pièce qui obtenait un énorme succès et il a écrit « Nous les critiques, nous nous sommes complètement trompés, nous sommes blasés. Le vrai public, lui, reçoit une pièce telle qu'on la lui donne et sans idées préconçues » et il a refait une critique très favorable à la pièce un mois après. Cela dit nous avons été assez gâtés par la critique. Jean-Jacques Gauthier nous faisait de très bonnes critiques dans Le Figaro. A cette époque nous allions à minuit attendre la sortie du journal. Si la critique de Gauthier était bonne nous savions qu'il y aurait la queue au guichet le lendemain. Je crois que cela a un peu changé aujourd'hui. Quand je dis que la critique était assez sévère avec nous c'était qu'il y avait toujours cette étiquette du boulevard qu'on nous collait. Ce qui m'amuse aujourd'hui dans presque toutes les critiques du film c'est de lire partout que le dialogue est brillant, que les répliques font mouche. Tout à coup on découvre le dialogue, là, à la faveur du film.


SB Oui, place au texte.

PB Nous avons beaucoup travaillé le dialogue ensemble avec Ozon. Mais c'était bien sûr Ozon le maître d'œuvre. Cela s'est fait progressivement. Il est venu nous consulter au début, nous demandant ce que nous en pensions. Et puis petit à petit cela a été presque un travail quotidien. J'étais très heureux de cela, qu'il ait pris plaisir à travailler avec moi et moi de très bien m'entendre avec quelqu'un qui pourrait être mon petit-fils.


SB Est-ce qu'on vous envoie beaucoup de manuscrits ?

PB On m'en envoie beaucoup mais j'essaye de limiter un peu. Je vois beaucoup de jeunes auteurs, de jeunes comédiens. La critique majeure, pour ceux qui ont du talent, c'est qu'ils ne travaillent pas. Ils me répondent que ça va altérer leur spontanéité, leur naturel, mais ça s'en va, ça se dilue. Ils ne reviennent pas sur leur ouvrage, c'est le premier jet et ils trouvent cela très bien comme ça.


SB Avez-vous vu la pièce d'Eric Assous , L'Illusion conjugale ? C'est une pièce travaillée, vous ne me direz pas le contraire.

PB J'ai trouvé ça très bien, je suis entièrement d'accord avec vous. Mais on ne voit plus du tout de pièces comme celles de Bourdet, c'était du boulevard ces pièces-là, ou celles de Marcel Achard avec des dialogues ciselés, une grande finesse. Jacques Deval, qui est si inconnu maintenant, était un maître. Même Anouilh est dans une espèce de purgatoire, on le reprend quand même un petit peu. Mais il y a tout de même de la part d'une certaine élite intellectuelle un certain dédain.


SB Qu'est-ce que vous avez vu récemment au théâtre qui vous a plu ?

PB J'ai vu une reprise de Ce qui arrive et ce qu'on attend de Jean-Marie Besset et j'ai trouvé que Arnaud Denis était absolument sensationnel. J'aime beaucoup le théâtre de Besset, c'est un grand dramaturge. J'ai beaucoup aimé Perthus aussi. J'ai vu hier la pièce d'un ami, La Conférence de Christophe Pellet et il y a une performance absolument admirable de Stanislas Nordey. Ce n'est pas son texte que je préfère, lui non plus, mais c'est un auteur magnifique, et il mérite d'être reconnu. Il va sur les traces d'un Koltès, d'un Lagarce, c'est un grand auteur. Il faut qu'il soit monté avec une grande production dans le théâtre public.


SB Qu'est-ce que vous voudriez donner comme conseil à tous ces jeunes auteurs ?

PB Je crois que c'est plus difficile maintenant que ça ne l'était. J'étais quelqu'un de très timide, je le suis resté d'ailleurs, mais quelque chose me poussait et je forçais les portes, j'allais voir les acteurs. J'ai été aidé aussi. Jean Cocteau a été pour moi d'une générosité extraordinaire, il me disait où il fallait porter nos pièces et il me faisait un mot de recommandation. Il le faisait aussi pour d'autres personnes dont il estimait le talent, il était extrêmement généreux.


SB Sur quoi écririez-vous aujourd'hui ?

PB Ce n'est pas très original parce que tout le monde écrit là-dessus, mais j'écrirais sur l'affaire Bettencourt, ça me semblerait un bon sujet de comédie dramatique. Un Marcel Aymé aurait pu faire un chef d'œuvre, aujourd'hui c'est Laurent Ruquier qui s'empare du sujet. Je trouve qu'aujourd'hui la satire doit être plus aigüe, plus féroce. L'affaire de la Côte d'Ivoire, de ces deux présidents, Marcel Aymé, encore une fois, pourrait écrire une farce féroce. Mais pour écrire une comédie, une pure comédie vraiment divertissante qui est un miroir dans lequel si on ne se reconnaît pas soi-même on y reconnaît son voisin ou sa cousine, je crois qu'il faut être relativement jeune. Je me vois davantage romancier aujourd'hui. Il y a quelque chose de très contemporain qui doit alimenter la comédie. Il faut être un témoin de la société dans laquelle on vit. Il y a des façons de vivre que je ne connais plus très bien, la vie des ménages, la vie des couples, la vie quotidienne, la vie matérielle, la vie pratique.


SB Pourquoi n'avez-vous jamais écrit de pièce sur l'homosexualité ?

PB Tout le monde le fait. Il y a une invention très drôle dans Potiche qui vient d'Ozon et qui ne vient pas de moi, le fils n'était pas du tout un homosexuel dans la pièce et il l'a fait de manière très drôle parce que ça met en perspective les rapports. Pendant tout le film on craint l'inceste avec sa sœur, alors qu'apparemment il devrait coucher avec son frère. C'est une trouvaille que je trouve très amusante.
A propos de l'homosexualité, personnellement j'ai vécu dans une certaine dissimulation, puis dans la discrétion, et je déteste l'exhibitionnisme. Pour mes amis, pour ceux qui sont homosexuels, ça n'a pas beaucoup changé ou ça a changé apparemment dans leur rapport avec leur famille. Non je laisse ça aux autres, je préfère lire ce qu'écrivent les autres. Mon témoignage ne serait pas très intéressant.


SB Avez-vous vu Le Cabaret des hommes perdus de Christian Siméon ?

PB C'était une pièce épatante. Perthus aussi est une très bonne pièce sur l'homosexualité à l'adolescence. Mais encore aujourd'hui, l'homosexualité n'est pas un sujet très porteur au théâtre. Ou alors il faut que ce soit La Cage aux folles.


SB Que souhaitez-vous dire aux jeunes auteurs ?

PB Qu'il n'y a pas de plus beau métier si on a envie d'écrire, si on aime le théâtre. Qu'il faut se battre, c'est sûr. Si on a ça dans le sang on se retrouve malheureux d'y renoncer. Il faut s'obstiner, la chance peut être là. Mais j'insiste sur le fait qu'il faut travailler. Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers trop tôt.


SB Pour conclure, dans votre répertoire, quelle pièce vous semblerait judicieuse à jouer actuellement ? Qui collerait particulièrement avec l'air du temps ?

PB J'ai toujours une tendresse pour Fleur de cactus qui m'a donné tant de bonheur. J'aime beaucoup ce personnage qu'a incarné Sophie Desmarets. Quand nous avons dit « Sophie on va vous écrire une pièce », elle nous a répondu d'emblée « Oh oui mais alors un rôle court ! ». Le rôle est si court que personne ne croyait qu'elle allait le jouer. Les directeurs de théâtre nous disaient que nous nous leurrions. Sophie, qui était très pertinente, fine, disait : « Ils n'ont pas vu que ce rôle c'est comme une tâche d'encre sur un buvard, la tâche bouffe le buvard ». Et c'était vrai. La femme célibataire, libre, qui s'assume était un rôle qui n'existait pas au théâtre. Je verrais très bien Valérie Lemercier dans le rôle, je la trouve formidable.

 
  Entretien conduit par Sabine Bossan,
5 janvier 2011

 
 
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