SACD - Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques
Entr'Actes
accueil
la moisson des auteurs
à l'étranger
la moisson des traductions
paroles d'auteurs
à l'affiche
au catalogue des éditeurs
archives actes du théâtre
 
 
Actes du théâtre :
la lettre d'information
 
Plan du site
 
[ anglais ]
 
 

paroles d'auteurs

 
     
     
 

Paroles d'auteur

 
Le Théâtre à la télévision | Valérie Charlet
Entretien par Sabine Bossan


Au Théâtre Ce Soir, célèbre émission de retransmission de soirées théâtrales à la télévision de 1966 à 1984, a marqué l’histoire de la télévision par l’ampleur de son succès. Qu’en est-il aujourd’hui du théâtre à la télévision ? La Direction de l’audiovisuel de la SACD  propose un tour d’horizon, dans un contexte bien différent caractérisé par une multiplication des chaînes et une diversité des moyens de communication actuels.

Sabine Bossan On parle actuellement de plus en plus de captations.
Qu'est-ce que c'est exactement ?


Valérie Charlet La captation est définie comme l’enregistrement, en public, de la représentation sur scène d’un spectacle vivant. La captation d’un même spectacle par trois réalisateurs différents aboutira à trois œuvres audiovisuelles différentes.


SB Quelle est la place de la captation à la SACD ?

VC Depuis 2011 un service dédié aux nouveaux médias et à la captation a été créé au sein de la Direction de l'audiovisuel. Au sein de ce service je suis juriste négociatrice. Mon travail comprend plusieurs activités principales :

Ma première mission consiste à négocier les contrats de captation. Ils doivent être conclus par le producteur de cette captation avec les co-auteurs de l’œuvre de collaboration qu’est la captation c'est-à-dire les auteurs du texte et le metteur en scène mais aussi le réalisateur. Il s’agit de captations effectuées dans des théâtres français, produites par un producteur français et dont la première vocation est d’être diffusée par un télédiffuseur français. L’intervention de la SACD consiste à représenter l’auteur vis-à-vis du producteur et à négocier, pour son compte, les conditions déterminantes du contrat :

• la nature des droits cédés,
• la durée de la cession,
• la rémunération c’est à dire le montant de la prime et de l’avance sur droits accordées à l’auteur, mais aussi des pourcentages dûs pour chaque mode d’exploitation cédé dans le contrat.

Il faut préciser ici que la première exploitation de la captation est la télédiffusion soit par un « petit » diffuseur, soit par un diffuseur tel que France Télévisions. La seconde exploitation dont fait l’objet la captation est le plus souvent la commercialisation sous forme de DVD, support qui sera, à terme, remplacé par la Vidéo à la demande. La SACD a négocié des contrats généraux pour trois des différents types de Vidéo à la demande : la Free Video On Demand (diffusion sur YouTube et/ou Dailymotion), la catch up ou TVR (télévision de rattrapage: il est possible de revoir sur le site Internet du diffuseur pendant 7 jours parfois 1 mois, le programme souhaité), enfin la vidéo par abonnement qui permet à l’utilisateur un accès illimité à un nombre limité d’œuvres.

Le 4ème type de vidéo à la demande est la vidéo à la demande à l’acte. La captation est mise à disposition de l’utilisateur via un service de communication audiovisuelle auquel l’utilisateur paie un prix individualisé pour recevoir communication de cette œuvre à l’heure et au jour de son choix.

Ma deuxième mission consiste à instruire les demandes d’autorisation de captations sonores et audiovisuelles ou de rediffusion de captations que nous adressent les sociétés d’auteurs étrangères. Il s’agit de captations effectuées dans des théâtres à l’étranger et qui concernent des représentations théâtrales d’œuvres françaises dans la langue du pays, et dans une mise en scène et réalisation locales. Dans ce cas, ce sont des autorisations ponctuelles qui sont établies, et non des contrats ; ces autorisations, valables en moyenne deux ou trois ans, sont délivrées, dans une grande majorité, aux conditions du contrat général liant la société d’auteurs étrangère au diffuseur local. De plus, elles ne concernent que l’auteur de l’œuvre française : le traducteur non membre SACD ainsi que le metteur en scène et le réalisateur sont consultés directement par la société d’auteurs étrangère. Enfin, ces captations ne sont pas produites par des producteurs privés mais par les chaînes elles-mêmes.


SB Auriez-vous quelques chiffres ?

VC Certains pays sont des utilisateurs importants du répertoire dramatique francophone de la SACD : ainsi, en 2012, 20% des demandes émanaient des pays de langue allemande, 17% de la Pologne, 16% de la République Tchèque, suivies par l’Italie (10%). D’autres pays, comme le Japon et la Hongrie, sont, mais dans une moindre mesure, des utilisateurs réguliers.

Une large majorité (57 %) de ces demandes, tous territoires confondus, concerne des autorisations d’exploitation radiophonique linéaire et délinéarisée.

On peut noter une nette tendance de l’Allemagne à diffuser des auteurs contemporains tandis que la Pologne et la République Tchèque diffusent des auteurs de la première moitié du XXème siècle.


SB Quelles sont les principales sociétés de production en France ?

VC En France, il s’agit de la COPAT, dont le cœur de métier est la production de captations, la Compagnie des Indes qui capte notamment tout ce qui se joue à Avignon pour ses archives et fait un formidable travail de mémoire, ou procède à une commercialisation de cette captation. On peut également citer Agathe Films, Axes Sud Productions, Camera Lucida, Juste Pour Rire, spécialisée dans la captation de spectacles d’humour, Telmondis et Bel Air Média qui produisent de nombreuses captations d’opéras ou de spectacles chorégraphiques, Mistral Productions.


SB Combien y a-t-il environ de chaînes françaises aujourd’hui présentant du théâtre ? Et quelles sont-elles ?

VC Dans le cadre de sa mission de service public France Télévisions diffuse du spectacle vivant, mais aussi D8, Paris Première, Mezzo, ARTE, Comédie, Rire Festival… On dénombre une dizaine de diffuseurs réguliers en France.

D8 et France 4 diffusent les plus gros volumes de captations de spectacle vivant. A noter que France 4 est particulièrement présent dans le secteur de l’humour.


SB Combien d’heures de spectacle vivant doivent-elles présenter ?

VC Les quotas de diffusion ne sont pas déterminés en termes de volume horaire. L’article 13 du décret dit décret Tasca (1990) qui fixe ces quotas de diffusion pour les chaînes prévoit que  les éditeurs de services de télévision réservent dans le total du temps annuellement consacré à la diffusion d'œuvres audiovisuelles, au moins :
• 60% à la diffusion d'œuvres européennes ;
• 40% à la diffusion d'œuvres d'expression originale française.

En conséquence, il n’est pas possible de déterminer la part représentée par les captations dans l’ensemble des œuvres audiovisuelles qui sont diffusées.


SB Est-ce que leur nombre a augmenté ces dernières années ?

Florence Voirin / Anne Branchereau Nous n’avons pas encore de statistiques permettant de mesurer l’accroissement ou la baisse de diffusions des captations. Cependant l’on constate que les captations sont plus présentes sur les grilles de programmation depuis plusieurs années.


SB Depuis quand à peu près ?

VC Le Théâtre à la télévision date du milieu des années 60, période à laquelle Pierre Sabbagh a créé l’illustre émission Au Théâtre Ce Soir.


SB Les captations sont-elles très regardées ?

VC Nous disposons d’un outil de mesure de l’audience des chaînes principales, Médiamétrie, qui nous renseigne de manière assez précise sur le nombre de téléspectateurs et donc sur la part de marché. Tout dépend de la notoriété de l’auteur, de celle des interprètes et du succès de la pièce au moment de ses représentations. Et bien sûr de ce qui est au programme des autres chaînes ce soir-là. Le succès est toujours relatif. Mais il est avéré que plus une pièce de théâtre a de succès sur scène plus elle aura de succès au moment de son exploitation audiovisuelle. Je peux citer par exemple le spectacle Cendrillon de Joël Pommerat, Les Montagnes russes et Le Technicien d’Eric Assous, Le Gai Mariage de Michel Munz et Gérard Bitton.


SB A quelle heure passent-elles le plus souvent ?

VC Pour un auteur célèbre, la captation a lieu lors de la dernière représentation et est diffusée en direct en première partie de soirée.


SB Quels genres de pièces sont le plus programmés ?

VC Les spectacles d’humour arrivent largement en tête suivis du théâtre « traditionnel » et enfin de l’Opéra.
Dans une perspective de diversité, France Télévisions s’efforce d’avoir la programmation la plus variée qui soit. Ainsi, à travers son bouquet de chaînes France 2, France 3, France 4 et France Ô, France Télévisions privilégie diverses formes de l’expression théâtrale, lyrique ou chorégraphique. En outre, le théâtre fait l’objet de retransmissions régulières en direct sur les services nationaux de la société. France 4 apparait comme la chaîne programmant le plus de captations, l’humour y tenant une place prépondérante.


SB Les auteurs sont-ils plutôt favorables aux captations ?

VC Les auteurs sont de plus en plus favorables aux captations même si l’on observe toujours chez eux cette crainte que l’audiovisuel crée un préjudice à l’exploitation en salle. Par ailleurs, les exigences des auteurs sont tout à fait normales : ils veulent savoir quelle chaîne va diffuser et qui va réaliser la captation. Concernant ce second point, nous avons récemment intégré dans le contrat type SACD (les modèles de contrat se trouvent sur notre site Internet www.sacd.fr), une clause permettant un « droit de regard » des auteurs de l’œuvre préexistante dramatique sur la réalisation, c'est-à-dire la captation qu’en effectue le réalisateur.

Ce « droit de regard » tel que nous l’avons inséré dans nos contrats type, permet à l’auteur d’être associé, aux côtés du producteur, au choix du réalisateur. Une fois ce choix arrêté, l’auteur et le réalisateur sont conviés à une réunion organisée par le producteur préalablement à la captation. Souvent, la captation suit le succès d’une œuvre au moment de son exploitation sur scène. Elle s’inscrit dans une dynamique nouvelle de communication des œuvres théâtrales au public. Auparavant il y avait une réelle scission entre spectacle vivant et audiovisuel, frontière qui tend à s’estomper d’autant plus que nous essayons de favoriser et de créer des passerelles entre ces deux répertoires, parce que nous pensons qu’ils peuvent se nourrir mutuellement. La diffusion de spectacles vivants à la télévision a permis une modification des pratiques culturelles d’une catégorie de population, celle notamment disposant de revenus modestes et/ou éloignée des grands centres urbains ; ce nouveau mode d’exploitation a désacralisé, démocratisé le Théâtre.


Entretien réalisé par Sabine Bossan avec Valérie Charlet
Remerciements à Anne Branchereau, Florence Voirin et Sandrine Grataloup.
Février 2014
 
 
[ retour ]