SACD - Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques
Entr'Actes
accueil
la moisson des auteurs
à l'étranger
la moisson des traductions
paroles d'auteurs
à l'affiche
au catalogue des éditeurs
archives actes du théâtre
 
 
Actes du théâtre :
la lettre d'information
 
Plan du site
 
[ anglais ]
 
 

paroles d'auteurs

 
     
     
 

Paroles d'auteur

 
 
Lancelot Hamelin
© Monica Madej
L'Angleterre reste-t-elle une île ? | Caroline Ferreira et Marianne Badrichani


« Alors...

Tout a commencé par une réunion du « reflection committee » environ un an avant le lancement de Paris Calling, une saison franco-britannique d’arts de la scène organisée au Royaume-Uni.
L’étude de la programmation révéla à notre grand dépit une faible représentation de l’écriture contemporaine française.

La méthode de travail de Paris Calling propose en effet de laisser le choix artistique aux professionnels britanniques. Ces derniers avaient en toute logique sélectionné ce qu’ils connaissaient de la scène française : théâtre visuel (“physical theatre”) principalement et, malheureusement, laissé de côté les textes contemporains.

Sur un territoire britannique difficile voire miné (sic), la seule approche possible est de laisser le choix final aux partenaires et de ne surtout pas chercher à imposer ses vues. L’équipe de Paris Calling se mit donc au travail pour sélectionner 16 textes représentatifs de la richesse de notre création afin de les proposer à la critique avertie d’un comité de lecture britannique.

Se mêlaient dans cette liste des classiques contemporains tels que Vinaver, Lagarce ou Pommerat et des auteurs plus récents tels que David Lescot, Marion Aubert ou Ronan Cheneau. Cette sélection a ainsi été présentée au Studio du National Theatre, lieu de recherche et de développement sur les écritures contemporaines, lié au prestigieux Royal National Theatre.

Le comité de lecture du Studio avait pour mission de sélectionner les textes les plus susceptibles d’intéresser un public britannique. Nous ne fûmes pas surpris par leur choix.

Il est difficile de ne pas constater les antagonismes entre dramaturgie française et britannique : en résumé et au risque d’une simplification un peu hâtive, l’écriture britannique aime à se pencher sur les enjeux sociaux et politiques de notre bas monde quand l’auteur français explore parfois douloureusement les contours de son intériorité, “le moi affectif”. Là où l’Anglais développe une dramaturgie centrée sur l’intrigue et les personnages, tout en distillant son humour et sa distanciation typiquement british, le Français privilégie l’expérimentation sur le langage et sur la forme.

Aux Anglais, l’intrigue, l’humour et le sens du dialogue, aux Français, l’innovation, la poésie et le monologue.

Le cliché du pragmatisme anglais contre les questionnements métaphysiques français avait encore frappé.

Cependant, 6 textes furent sélectionnés. S’il fallait trouver un point commun entre ces textes, nous pourrions retenir les mots suivants : crudité, humour noir, désespoir masqué derrière une certaine légèreté.

Le Soho, le National Theatre, le Hamsptead Theatre, le Bush, le Traverse à Edinbourgh se sont joyeusement lancés dans cette aventure. A notre grande déception, certains théâtres comme le Gate Theatre et le Royal Court, en dépit de leur recherche constante de nouvelles voix, ont décliné leur participation. L’explication étant probablement leur intérêt croissant pour des scènes étrangères encore peu explorées.

Paris Calling New Writing s’est révélé un succès : la réception des textes a été positive, le nombre de spectateurs important et des propositions de collaborations futures ont été soulevées. Les débats organisés après chaque lecture ont néanmoins montré que les antagonismes que nous mentionnions plus haut sont vivaces.

L’Angleterre reste une île.

Mais l’aventure de Paris Calling New Writing a été passionnante : elle confirme que l’Angleterre reste un bastion à conquérir mais que l’offensive se révèle stimulante intellectuellement et pleine de surprises. Tenter de percer le cœur d’une culture en devinant ce qui peut la toucher et la compléter. Tout l’art d’un dialogue amoureux. »

 
  Caroline Ferreira, attachée culturelle à l’Ambassade de France au Royaume Uni et Marianne Badrichani, metteur en scène
Londres, Mai 2009
 
 
[ retour ]