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Laura Pelerins Barcelona - Mille cinq cents signes espaces compris | Laura Pelerins


« Mille cinq cents signes espaces compris. Putain c'est drôlement court. Raconter. Bon. Mais euh, dans l'ordre ou dans le désordre ? Bordélique comme je suis. Et si je commençais par la fin ? Pas toujours efficace, mais on s'en fout, au fond. Ah oui. Alors. Déjà- C'était bien, Barcelone. Et la Sala Beckett. Pas convaincue pourtant. Pas convaincue d'avance.

J'arrive - je sais pas trop - même si, bon point, le centre ville. Ca oui. Vraiment, ça fait plaisir. L'arrivée en taxi - les deux Français paumés – en retard : comme c'est français! D'entrée, là-bas, ils marquent des points. L'accueil : c'est drôle, quand on connaît encore personne, et qu'on n'a que des sensations, des impressions. Un éventail se tend, il faut, vue la chaleur, à boire, aussi, et à manger. Ah oui, ça oui, là bas aussi on mangera bien. On mange, on boit, et on dort pas.

Première approche : sur la réserve. C'est quoi ce truc- c'est qui ce MEC qui veut qu'on fasse des exercices genre c'est l'école vous avez quinze minutes, trouvez cinquante-deux adjectifs qui décrivent et blabla - (eh merde, déjà trop de mots, ça tiendra pas, 1500 signes espaces, tout ça). C'est QUI ce mec qui nous fait faire du Beach volley pour souder le groupe ! (Simon, if you read me !!!) Souder mon cul ! Eh, oh ! On est français ! Donc, individualistes ! Râleurs, aussi, tiens, oui. On revendique. Canons, aussi, paraît dixit les autres ? Bon ! Bah ça fait plaisir, faut pas les contrarier ! Ah oui, en fait la question de base, c'est : « C'est quoi l'Europe ? »

Eh bah si on est représentatifs - c'est un joyeux bordel. Si les autres sont clichés, alors on l'est aussi ? Ah oui, hein, forcément ! Alors d'accord. Du volley, donc. En France, on n'a jamais vu ça. Je râle. Je râle. En bonne française. Mais au final, n'empêche - avec cet ensemble d'auteurs si différents les uns des autres, aux écritures toutes très marquées par leur culture, aux références si rarement identiques, un truc se passe, truc indéfinissable.

Est-ce que ce serait pas ça, finalement, l'élément humain ? La magie des rencontres ? Qui fait qu'au final on se raconte nos vies avec Catherine Grosvenor qui nous fait pleurer de rire en racontant l'Ecosse ? Avec Juan Menchero, le disciple de Juan Mayorga, l'Espagnol ? Avec Agosto Silveira, l'Uruguayen star de télé (et au fait, l'Uruguay, mais c'est pas en Europe ? Putain, c'est cool, un outsider, autre culture, autre sensibilité), avec David Watson, à l'humour froid si anglais? Qui fait qu'on se pleure dans les bras avec Simon Stephens en ne voulant plus rentrer chez nous alors qu'on ne voulait pas partir ? Qui fait qu'on danse sans relâche avec Thomas Sauerteig le talentueux metteur en scène chargé d'orchestrer nos pièces respectives ? Qu'on passe outre les écueils du langage avec Marius (Macevicius) le Lituanien ? Qui fait qu'on comprend soudain le catalan de notre pièce, et de celles des autres ? Cette magie du théâtre, aussi, qui émeut Simon quand je vais saluer avec la comédienne chargée d'interpréter ma pièce, laquelle m'a avoué avoir pleuré avant de commencer à jouer parce que ça la bouleverse - un beau cadeau, pour un auteur ! Cette magie du théâtre, donc, qui émeut Simon parce que (c'est Thomas qui a choisi, je ne l'avais jamais vue), au salut, je ressemble si fort à la comédienne qui incarne mon personnage ? Et puis, et puis...

Choc du spectacle de Castellucci, Il Purgatorio, qui me conduit à errer seule la nuit dans les rues de Barcelone, et à tomber en amour avec cette ville. Rencontres, encore et toujours. Les discussions sans fin, toute la nuit, les bières à la sauvette, l'absorption par osmose ou par rejet : odeurs, couleurs, sons, images... tiens, on dirait un des exercices de Simon !

A Barcelone, je ne dors pas, je fais la fête, je rencontre des gens, je danse, je découvre que je n'écris pas comme mes camarades anglo-saxons ou hispaniques, plus portés au travail de la structure narrative et à la création de personnages qu'à une recherche de sonorités, de musique de la langue. Je découvre que malgré les différences évidentes de style nous nous rejoignons étrangement sur la conception in fine du théâtre avec mon camarade Frédéric (Sonntag) ce que je n'aurais pas non plus parié. (Dépassés les 1500 signes, c'est sûr !) Je fais des exercices loin de mon univers - et je prends mieux conscience du même coup, de ce qu'il est. Je m'affirme, et m'affine.

J'apprends à jouer au volley et j'apprécie l'élégance et l'honnêteté de Simon Stephens qui, pour nous autres Français, organise le dernier exercice loin des sensibilités anglo-saxonnes : « Vous avez une heure. Sentez-vous libres de vous tromper. Aucune contrainte, aucune consigne. Sorry David, Catherine, Anne, Davide, and the others! The French will be happy ». Well, I truly was, Simon. And have to thank you very much. Pendant cette heure qui fait frémir nos camarades, j'écris toute la structure de ma nouvelle pièce, The Naked Man of Barcelona, et quelques scènes dialoguées. Le travail à l'anglaise, si loin de moi, a pourtant porté ses fruits. Simon, I owe you my new play.

Finalement, si on est représentatifs, alors c'est le bordel, mais on n'est peut-être pas foutus ? - Parce que, j'ai oublié, la vraie question, c'était pas « Qu'est-ce que c'est que l'Europe ? », non , encore pire ! C'était : « The end of Europe, point d'interrogation, points de suspension, et caetera ».

Mouais. Faut voir. Moi je dis, c'est même pas encore le début. En tout cas, c'était productif, c'était épuisant, c'était exaltant, c'était intéressant, c'était contrasté, c'était vivant, c'était – c'était – j'ai largement dépassé les 1500 signes, non ?

Merci Victor (Munoz), merci Toni (Casares), merci Thomas (Sauerteig), Mireia, et la belle Fernanda, Gemma, et les autres, pour votre accueil. A vous revoir, j'espère, mes camarades auteurs - on n'était pas si nombreux, mais on a pris de la place, espérons qu'on en prendra bientôt encore bien plus.

Ah, et nota bene : loin des clichés, l'honneur de la France est sauf - en plus de savoir râler à merveille, d'être individualistes en diable, critiques et bien sapés... on sait danser ! Eh ouais, parfois les clichés se trompent. Et ça, c'est réjouissant.

 
  Laura Pelerins,
novembre 2009
 
 
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