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Humeur d'auteur

 
 
Claire Rengade Le petit journal de l’Obrador
Paroles d'auteur | Claire Rengade



« A Barcelone nous sommes kidnappés par la joyeuse équipe de la Sala Beckett qui, par je ne sais quel tour de passe-passe, vous rassemble cinquante « écrivants » dans un même Mas avec vue, d’où personne n’a cherché à s’évader physiquement.

Pour ce qui est du voyage hors les murs, on a tous pris nos langues à coeur, et les auteurs ont sagement tenus place dans leurs salles de travail, de 10h à 15h tous les jours à peu près, pour débattre textes en main sur les écritures dramatiques contemporaines.

Je suis dans le groupe des onze auteurs qui parlent pas pareil, ce sont des rencontres internationales, alors on parle encore plus, dans une sorte d’espéranto qui nous va, la langue principale étant l’anglais-langue-étrangère. On est belge, français, argentin, espagnol, québécois, catalans, allemands, anglais de l’Angleterre aussi, et même est avec nous Helena, qui parle toutes nos langues en entier, et avec nous il y a Ahmed Ghazali -le passeur-modérateur, auteur lui aussi, comme Helena d’ailleurs. On écrit tous, et on en parle, puis finalement on en parle avec les mots de toutes nos langues dans une même phrase. Si tu cherches un mot tu sais, il y en a un à côté de toi qui joue le dictionnaire. Alors on se flatte d’être précis, voire de faire pencher nos têtes dans celle des autres, car si l’autre langue n’image pas pareil, moi ça m’ouvre une porte. Le thème, l’alibi, le guilleri des jours c’est « l’autre culture » : on baigne dedans.

Chaque fin d’après-midi, on entend nos textes dans une autre langue (le catalan), lus par des comédiens catalans qui ont sous le bras ton texte en anglais aussi (quand tu as écrit le texte en français, tout à coup c’est comme si tu en avais écris trois), et c’est mis en espace à la cave (attention c’est voûté avec des niches) par Thomas, comédien metteur en scène allemand (ouf une quatrième langue).

Attention je vais dire des choses personnelles : par exemple, c’est curieux, mais quand tu entends ton texte pour la première fais dans une langue que tu ne connais pas (comme là, pour moi) eh bien c’est étrange tu comprends chaque mot prononcé comme si tu connaissais la langue ; alors c’est vrai ou c’est pas vrai, c’est toi ou ce n’est pas toi, c’est de l’écriture pareille ou pas, un texte traduit ? D’ailleurs à l’écoute des textes de chacun, il y a parfois une inflexion étrange en toi qui dit j’aime ce texte que je ne comprends pas avec mes mots, tiens j’invente des mots pour te dire je comprends que tu cherches quelque chose que j’aime, je n’ai pas encore de mots j’invente en parlant, ça s’écrit. On décortique au plus nu d’un détail, le verbe prend des courbes, on s’attarde, on se tait et ça parle, on s’entre-apprend (il reste du temps), on se soutient, on se sent plusieurs, on organise comment les rencontres peuvent continuer de loin .

Pareil, à brûle-questions, on s’écrit de chez nous, et ça va faire un livre de questions d’auteur à auteur, d’une langue à l’autre. De quelque chose qui naît tout de suite on prend soin. C’est un peu de tout cela par exemple, les rencontres au Mas Espuela. C’est aussi des soirs à marcher sur une petite route de loin, un grand repas à rire et à danser, des spectacles toutes les nuits. Aller, je monte dans le petit car.

Il est doux cet enlèvement organisé d’une main de maître, on se tutoie par coeur. Tu sais que là, écrire est inscrit dans la vie, là le théâtre à dire s’invente à mots vivants.
La route vous soit belle à tous.

 
  Claire Rengade  
 
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