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Paroles d'auteur

 
 
Frédéric Sonntag
© Christa Borregaard
L'Expérience finlandaise... | Frédéric Sonntag




« De cette expérience finlandaise (car expérience il y eut), dire tout d'abord la rencontre avec une langue, rencontre qui fut, même, confrontation, car la première fois que j'ai entendu les premiers mots de ma pièce en finnois, le choc – il faut le reconnaître – fut grand. Faire l'expérience d'entendre son texte dans une langue qu'il ne maîtrise pas est toujours pour un auteur une expérience particulière, quasi magique dans la mesure où, bien que ne comprenant rien, il comprend tout. Et je ne crois pas me tromper en disant que la première réaction d'un auteur qui a assisté à une lecture ou une représentation d'une de ses pièces dans une langue étrangère est dans 99% des cas : « C'est dingue, je ne comprenais rien, mais je comprenais tout. »

Dans ce « je comprenais tout », ce qu'on entend ce n'est pas tant l'étonnement d'avoir pu suivre un sens général, ce qui est somme toute normal, c'est bien d'avoir pu suivre le sens dans ses moindres détails ; car connaissant le contenu de chaque recoin de sa pièce, l'auteur fait donc l'expérience étrange de pouvoir suivre précisément ce qui se dit et qui pourtant lui échappe, de comprendre ce qu'il ne comprend pas (opération magique s'il en est).

Entendre son texte en finnois relève d'une expérience encore plus intense. Car il apparaît tout d'abord que ce cas-là échappera aux autres cas, on ne pourra pas suivre, on ne pourra rien comprendre, aucun repère n'existe, aucune accroche ne semble possible. Lâché dans un monologue où dans une autre langue quelques mots aux racines communes vous guident, vous êtes ici, dès les premiers mots, tout simplement perdu. C'est alors, durant les premiers jours, un apprentissage (presque un domptage !) de cette langue, comme elle se construit, fonctionne. Pendant qu'on se familiarise avec cette étrangeté (le finnois n'est pas une langue indo-européenne et n'entretient aucune familiarité avec le français), on comprend petit à petit ce que cela induit, ce que cela modifie très concrètement en terme de pensée, de façon de penser, puis en terme de direction d'acteurs. On ne dirige pas un acteur en finnois comme on dirigera un acteur en français, la langue n'obéit pas à la même logique, les appuis ne sont pas les mêmes, les mots-clés, les liaisons, pas pareils. Pourtant, ce constat fait, on commence, petit à petit, à percevoir, et cela commence par le rythme, toujours, est-ce que le rythme est le bon, est-ce qu'il est juste.

Puis ce sont les problématiques qui se révèlent les mêmes, ce que l'on doit faire entendre comme sens, quels sont les enjeux de telle ou telle scène, qu'est-ce qui doit ou peut se jouer. Alors, on parvient à suivre. On entend. On comprend. Jusqu'au retour de la langue qui, au détour d'une phrase, vient de nouveau vous embrouiller l'esprit, vous rappelle à l'ordre, à son étrangeté. Dire aussi – et c'est par là qu'il aurait fallu commencer – la rencontre avec une bien belle équipe, celle du Théâtre Kom, dire le très bel accueil qui nous (Michel Raskine, Guy Delamotte, Véro Dahuron, Philippe Malone et moi-même) a été fait. Dire comment on se peut se sentir chez soi à des kilomètres de chez soi, comment des liens peuvent s'établir, aussi forts, plus forts, que ceux qu'on peut parfois créer dans son propre pays (et ce à seulement deux mois d'une autre très forte et belle rencontre avec l'équipe du Husets Teater de Copenhague). Dire l'enthousiasme vibrant et communicatif de cette équipe à travailler sur ce texte, à travailler avec nous, et l'envie commune de poursuivre cet échange, comment ? Nous verrons… Des rendez-vous ont été pris. »

 
  Frédéric Sonntag
septembre 2011
 
 
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