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Paroles d'auteur

 
Frédéric Sonntag
© DR
L'Internationale George Kaplan | Frédéric Sonntag

 

Il y a au cœur de George Kaplan l'idée d'un mythe contemporain collectif, dont on aurait perdu l'origine et que chacun, de par le monde, pourrait entretenir, auquel chacun pourrait participer, apportant ainsi sa pierre à l'édifice. Il y a aussi au cœur de cette pièce une problématique qui m'est chère : la question des relations complexes et multiples entre fiction et réalité.

George Kaplan

Il ne faut donc sans doute pas s'étonner que la réalité ait très tôt pris le pas sur la fiction et que, alors même que l'écriture de George Kaplan n'était pas complètement achevée, une sorte d'Internationale George Kaplan ait commencé à voir le jour, à mon plus grand étonnement et pour mon plus grand plaisir, réalisant, par l'intérêt porté à cette pièce et la mise en œuvre de traductions, publications, productions, son projet même : répandre le mythe de George Kaplan, participer à son devenir, à son extension.

Cette Internationale a, en quelque sorte, vu le jour en juin 2011 à Copenhague ; Simon Boberg m'avait invité à participer à la 3ème édition du Festival de Dramaturgie Européenne du Husets Teater et il était question que j'y présente d'abord une toute autre pièce, mais au cours de la saison 2010/2011, Simon a eu cette bonne idée de me demander plusieurs fois si je n'étais pas en train d'écrire quelque chose, son intention étant de présenter dans ce festival les pièces les plus récentes des auteurs invités. Je lui ai parlé de George Kaplan et me suis engagé à finir cette pièce en cours d'écriture pour le mois de juin. Je ne peux que remercier ici Simon Boberg sans lequel, sans doute, j'en serais encore à travailler à l'écriture de George Kaplan, persuadé que plus je travaille sur un texte, meilleur il sera (de l'intérêt, il faut l'admettre, des délais de livraison). L'expérience fut donc très particulière lors du Festival au Husets Teater, où la pièce fut présentée (dans une première version inachevée) sous la forme d'une mise en espace, car le texte que je présentais était non seulement en cours d'écriture mais je ne l'avais encore jamais entendu, et ce fut donc en danois que je le découvrais pour la première fois. A partir de là, le destin de George Kaplan semblait lié au Danemark (où eut lieu la première création en mars-avril 2013), et, plus généralement, à l'international où les projets se sont enchaînés souvent plus rapidement qu'en France. Et il est amusant de constater que ces projets se trouvent, pour la plupart, connectés entre eux : le Husets Teater m'avait été recommandé par la Sala Beckett lors de mon passage à l'Obrador d'Estiu en 2009 sur une proposition de la SACD (et la production suivante de George Kaplan fut celle, catalane, de Toni Casarès à la Sala Beckett en juillet 2013, reprise en février-mars 2014) ; à cette mise en espace danoise en juin 2011, assistait Philippe Lemoine qui allait prendre ses fonctions à l'Institut Français de Belgrade où dans le cadre du projet Transcript George Kaplan fut traduit, lu et publié en serbe en 2013… Un réseau George Kaplan a vu ainsi le jour connectant Barcelone à Copenhague et Copenhague à Belgrade, réseau qui s'est par la suite étendu à d'autres langues, d'autres pays : Allemagne (la traduction allemande a dans un premier temps servi à sous-titrer la production catalane lors de sa tournée en Allemagne), Royaume-Uni, Slovénie, Italie, Russie...

On peut toujours s'interroger sur les raisons qui font qu'un texte plutôt qu'un autre s'exporte, suscite plus facilement ou rapidement un intérêt dans d'autres pays. En dehors de considérations très pragmatiques qui peuvent fournir des pistes d'explication : un nombre d'acteurs raisonnables, un dispositif scénique assez simple, des thématiques très ancrées dans des problématiques contemporaines : formes de paranoïa, figures de l'anonymat, théorie du complot, espionnage international, storytelling etc., j'aime à penser que, dans le cas de George Kaplan, l'une des raisons est que monter cette pièce participe pleinement à son récit, au mythe dont il est question, que la réalité rejoint la fiction ou que la fiction se dilue dans la réalité, que la mettre en scène c'est ajouter un niveau de mise en abîme supplémentaire à ceux qui y sont présents.

Autre raison importante, je crois, de l'intérêt suscité par George Kaplan, c'est la question qui y est centrale de la place de la fiction. George Kaplan parle d'histoires, de mythes, de récits et de leurs enjeux politiques, elle pose la question de savoir quelles histoires on peut encore raconter et comment, face notamment aux récits dominants. Elle pose donc en un sens la question du théâtre, de son rapport à la fiction, de ses enjeux face à d'autres formes de récits de masse, et c'est là sans aucun doute un questionnement qui dépasse les frontières de la langue, de la culture : quelles histoires peut-on encore raconter ? quelles contre-fictions peut-on encore proposer aux fictions qui nous environnent, qui nous assiègent ?

http://fredericsonntag.virb.com/

Frédéric Sonntag
Février 2014
 
 
 
 
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