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Humeur d'auteur

 
 
Erik Huddenberg
© Molly Uddenberg
Coup d’œil sur le théâtre contemporain en France : une tradition riche et courageuse, et des prises de risque audacieuse | Erik Uddenberg


« J’ai récemment eu le plaisir de participer à un échange entre la France et la Suède, et cela m’a permis de découvrir un univers totalement nouveau pour moi.
A part Molière et Koltès, je ne connaissais rien au théâtre français et j’ai découvert tout à la fois des professionnels à l’esprit ouvert, curieux et s’intéressant à tout, ainsi qu’un théâtre où, par tradition, l’importance du texte est primordiale. Etant moi-même auteur, cela m’a redonné une formidable énergie.

J’avais déjà eu l’occasion d’aller deux fois en France et il m’est arrivé de rencontrer des Français en Suède. Je suis allé à Orléans, et j’ai également assisté à un Festival de lectures au Théâtre de la Tête Noire à Saran. J’y ai rencontré de nombreuses personnes sympathiques et intéressantes et j’ai pu assister à quelques unes des lectures de nouveaux textes français. En écoutant ces lectures, je me faisais la réflexion que le théâtre suédois et français avait beaucoup de choses en commun et que souvent nous discutons les mêmes points et les mêmes projets. En revanche, notre système de production théâtrale est très différent. En Suède nous travaillons habituellement en équipe, c’est-à-dire les auteurs avec les metteurs en scène, ce qui est peu fréquent en France. Les Français ont un très grand respect du texte et j’ai pu constater qu’il y a une véritable croyance quant à l’aspect magique de la création, et plus particulièrement au moment de l’écriture, une croyance qui est très stimulante et qui pousse à la réflexion. Certains auteurs français m’ont demandé si je trouvais le théâtre français trop intellectuel. Je ne suis pas du tout de cet avis. Les débats intellectuels sont une composante importante de la vie culturelle des Français, mais, de ce que j’ai pu en entendre, ils s’appuient toujours sur l’expérience et le ressenti. Autrement dit, c’est le corps de l’auteur qui parle.
Quand je suis venu à Paris rencontrer mes traductrices, Marianne Ségol et Karin Serres, elles m’ont proposé une approche de la traduction de mon texte qui m’a absolument passionné. Nous avons travaillé tous les trois à la table sur la traduction qu’elles avaient initialement préparée avec leur sensibilité respective. J’ai lu une scène en suédois, Karin l’a lue à son tour en français et Marianne, qui parle les deux langues, nous a écoutés. Le fait d’entendre chaque réplique, chaque phrase, chaque mot en suédois puis en français nous a permis de traduire tous les aspects de ma pièce
La Lettre de N.N.,jusqu’au sous-texte, d’une langue à l’autre. Cette méthode est, et devrait être, la seule manière d’aborder la traduction d’un texte.

La lecture publique de ma pièce au théâtre de l’Est Parisien, quelques jours plus tard, m’a énormément plus.

Et c’est alors, qu’à la fin du mois de mai, nous nous sommes revus en Suède. Nous avions organisé un séminaire afin de présenter le théâtre français à nos collègues suédois, dans le cadre de la Biennale Théâtrale qui est la plus grande rencontre de professionnels du théâtre en Suède. C’était un début très prometteur. Depuis des années, le théâtre suédois a été orienté vers le théâtre anglais et plus occasionnellement par le théâtre allemand. Pour généraliser, nous prenons des pièces de l’Angleterre et le style théâtral de l’Allemagne. Nous ajoutons un peu de sentiment aigre-doux du nord, et nous nous retrouvons sur la scène suédoise.
Aujourd’hui, j’ai pu constater que beaucoup de théâtres suédois s’intéressent à ce que le théâtre français a à proposer. Nous prenons de plus en plus conscience de l’intérêt qu’il y a à regarder ailleurs afin de découvrir autre chose, encore et toujours. Je crois que d’avoir lu des extraits de textes français, ainsi que l’intégralité de la pièce
Crocus et fracas de Catherine Anne, m’a donné un avant goût du théâtre contemporain en France : une tradition riche et courageuse, et des prises de risque audacieuses. Le séminaire a été bien reçu et il y a eu de nombreux participants. Quelques-uns sont venus me voir après pour me poser des questions sur le théâtre français. Les échanges entre la Suède et la France promettent d’être fructueux.

 
  Erik Uddenberg  
 
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