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Paroles d'auteur

 
Sarah Vermande
© DR
Paroles croisées | Un entretien avec
Sarah Vermande, par Sabine Bossan



Tuesdays at Tesco's
© Nick Hern Books

Sabine Bossan Le Mardi à Monoprix d'Emmanuel Darley a fait l'objet de représentations en langue anglaise, ce qui n'est pas courant. Peux-tu nous raconter l'histoire de cette aventure ?

Sarah Vermande Je vais la raconter avec d'autant plus de plaisir que cela a été une immense joie que cela puisse se faire.
Il y a plus d'un an et demi, au moment de la création du spectacle à Théâtre Ouvert, dans la mise en scène de Michel Didym, j'y étais moi-même en résidence de traduction. Théâtre Ouvert organisait un échange avec le Traverse Theatre à Edimbourg en collaboration avec la Maison Antoine-Vitez. L'année d'avant, deux Français, François Bégaudeau et Lancelot Hamelin, avaient été invités au Traverse pour qu'une de leurs pièces y soit traduite et lue. C'était donc l'année retour et deux auteures écossaises allaient être traduites en français. Linda McLean avait traduit François Bégaudeau et nous allions la traduire, Blandine Pélissier et moi-même. Comme nous travaillions à Théâtre Ouvert, il aurait été inconvenant de ne pas aller voir le spectacle !
Cela a été une révélation absolue : j'étais complètement bouleversée. Linda aussi, bien qu'elle comprenne mal le français - mais c'était une des plus belles performances d'acteur qu'elle ait vue. Le texte était magnifique, la performance de Jean-Claude Dreyfus, de la dentelle, et le travail avec la musique très réussi aussi. Je me suis tout de suite dit - moi qui ne traduis que de l'anglais vers le français puisqu'on traduit vers sa langue maternelle - que j'avais vraiment envie de le traduire vers l'anglais. Je savais qui pouvait le jouer au Royaume-Uni et qui pouvait le traduire avec moi. Il y avait une espèce de trilogie évidente, parfaite et possible.
Il m'était déjà arrivé de traduire de l'anglais vers le français pour des surtitrages pour Avignon en collaboration avec un auteur anglais, Matthew Hurt, que je connais très bien. Je faisais un premier jet, un défrichage du texte vers l'anglais tout en expliquant mes difficultés, les subtilités, les enjeux, afin que lui affine vers l'anglais. Je savais que l'écriture d'Emmanuel Darley et le thème de la pièce correspondaient très bien à cet auteur anglais qui a écrit beaucoup de monologues.
Il se trouve que Matthew et moi avons fait la même école de comédiens au Royaume-Uni et qu'un des grands élèves de cette école, d'une génération précédente, se trouve être Simon Callow. Il n'est peut-être pas très connu en France, sauf pour avoir joué dans Quatre mariages et un enterrement, mais au Royaume-Uni Simon Callow est un monstre sacré, une institution, un très grand acteur de théâtre et de cinéma, doublé d'un érudit. La capacité de travail de cet homme est impressionnante : il est capable à la fois de jouer un spectacle, de tourner dans un film, d'écrire une biographie d'Orson Welles ou de Charles Laughton, tout en tenant une chronique dans un grand quotidien anglais, etc. Je soupçonne qu'il a un jumeau caché quelque part. J'étais certaine que ça allait le passionner, d'autant qu'il n'avait jamais joué dans ce registre-là.
Tout cela se joue sur les réseaux, sur les gens qu'on connaît. J'avais un accès personnel à cet acteur. Si j'avais pensé à William Hurt pour le rôle, acteur que je ne connais pas personnellement, je n'aurais pas su comment l'atteindre, j'aurais dû passer par son agent qui ne m'aurait sans doute pas répondu. Là, c'était artistiquement et concrètement possible.
Seulement il a fallu quand même du temps.


SB C'était en quelle année ?

SV Décembre 2009. J'ai pris contact avec Emmanuel Darley, que je ne connaissais pas du tout, en lui disant : je ne suis personne, je n'ai rien à vous promettre, je n'ai pas de production en vue, mais j'ai très envie de traduire un jour votre pièce. Il m'a répondu tout de suite : si vous pouvez, quand vous pouvez, allez-y. C'était vraiment un cadeau de sa part.
La pièce était sur mon bureau et je disais régulièrement à Matthew qu'il fallait absolument trouver un petit moment pour travailler ensemble sur cette pièce parce qu'elle était merveilleuse, qu'elle allait lui plaire et qu'elle serait parfaite pour Simon Callow. Je lui lançais tous les mois cette petite perche, mais rien ne se faisait. Arrive avril 2011 et je trouve un message de Matthew me demandant de le rappeler d'urgence parce que Simon cherche une pièce pour le Festival d'Edimbourg. Par chance Simon lit très bien le français, il a mis en scène des opéras français, il a donc pu lire la pièce d'Emmanuel Darley directement dans le texte. Coup de foudre instantané : c'est ce qu'il veut jouer. Mais nous n'avions qu'une semaine avant le bouclage de la programmation du festival pour lancer la demande des droits et faire toutes les démarches, et cela prend généralement plus de temps. En cinq jours les droits ont été accordés, négociés, etc.


SB Mais il fallait que vous ayez trouvé le titre anglais avant l'impression des programmes.

SV Oui, il fallait qu'on ait au moins le titre. Ce furent cinq jours de folie. Dans le tout premier mail que j'avais envoyé à Emmanuel Darley, j'avais mis en intitulé Tuesdays at Waitrose, mais rapidement dans mes communication avec Matthew, c'était devenu Tuesdays at Tesco's pour l'allitération évidente. Nous avons essayé une flopée de titres pour finalement revenir à ce titre qui avait jailli quasi spontanément.
La question qui s'est posée alors, et nous aurions aimé avoir beaucoup plus de temps pour la résoudre, était de savoir si nous restions sur une traduction stricte, une histoire se passant en France, ancrée dans la culture française, ou si nous allions l'acculturer et faire en sorte que cela se passe en Angleterre.
Dans la culture anglaise, les traductions ce sont presque toujours des adaptations. Les producteurs ont tout de suite penché pour l'acculturation. Simon, lui, aurait souhaité pouvoir approfondir plus, justement parce qu'il aime la France et qu'il aurait voulu explorer la « francitude » de ce personnage-là. Mais les producteurs ont estimé que ce serait beaucoup plus vendeur si ça se passait en Angleterre.


SB Je viens de relire le texte, il n'est pas si franco-français que ça.

SV Non, mais il y a de tous petits détails. Le choix de Monoprix, de parler de café - ce n'est pas ce qu'on boit le matin en Angleterre, et puis on ne s'arrête pas dans un café mais dans un pub - ; se faire la bise, dans un contexte anglais, c'est beaucoup plus chargé que chez nous. Même le fait que les personnages vivent dans un appartement : les Anglais vivent plus souvent dans de petites maisons, surtout dans un contexte provincial. Ce sont des détails, mais qui en disent pas mal sur l'ancrage de l'histoire. A ce moment-là, dans un temps très court, il a fallu prendre de nombreuses décisions très radicales.


SB En combien de temps ?

SV Moins d'une semaine.


SB Pour les droits, le petit pitch à mettre dans le programme.

SV Et pour la décision d'acculturer ou non. Nous avons lancé le processus de traduction très rapidement. Simon pendant ce temps-là avait un autre spectacle, un seul en scène sur Shakespeare, de quoi l'occuper... Il n'allait pas pouvoir commencer à travailler sur notre traduction avant la mi-juin, ce qui nous laissait quand même un peu de temps. Nous avons procédé de la façon suivante : j'ai fait un premier jet, avec des petites notes d'intention pour expliquer la particularité du texte d'Emmanuel, les récurrences dans le texte, et chaque fois que je sentais que j'achoppais pour trouver l'expression juste, j'expliquais pourquoi. Matthew m'a renvoyé une deuxième version avec des propositions pour tout ce qui me posait problème et pour affiner. J'ai répondu en lui expliquant là où il lissait trop par exemple.


SB Vive Internet !

SV Absolument ! Il y a eu comme ça, cinq ou six allers-retours. Matthew est venu à Paris et là nous avons tout retravaillé ensemble pour vraiment affiner. Puis nous avons eu la chance de rencontrer Emmanuel Darley.


SB Qui parle un peu anglais ?

SV Oui, mais il avait surtout déjà eu l'expérience de traduction de sa pièce en portugais. Je pense qu'il y avait certaines choses auxquelles il avait été confronté concernant les problématiques de transposition. Au final quand nous avons vu Emmanuel nous avions assez peu de questions à lui poser, elles avaient été résolues, il s'agissait plus de lui soumettre nos solutions. En sachant aussi qu'une fois que les représentations commenceraient, Simon aurait des modifications ou des petites touches personnelles à apporter.


SB Une fois que le texte a été transmis à l'acteur, y a-t-il eu beaucoup de changements ?

SV Non, pas beaucoup. A ce stade-là, c'est Matthew Hurt qui a pris le relais puisqu'il était sur place et pouvait assister aux lectures. L'épreuve du passage à l'oral a plus été une confirmation de nos choix que le contraire. Au final il y a eu très peu de modifications : je crois qu'il a fallu changer « talons hauts » par « talons » parce que Simon n'arrivait pas du tout à se déplacer avec des talons aiguille. Ça s'est joué sur ce genre de choses.
En revanche, s'est posée la question de l'accent, ce qui n'allait pas affecter le texte fondamentalement. Les accents en Angleterre ont beaucoup plus d'importance encore qu'en France, ils en disent très long sur l'origine géographique et sociale. Au départ, nous étions assez favorables à ce que Simon utilise un accent du nord de l'Angleterre, pour rendre le côté provincial et aussi parce que l'accent de Simon est assez éduqué, un peu chic. Lui, il avait envie de travailler au plus proche de ce qu'il était, et il a simplement choisi un accent assez populaire pour le père. Ce contraste entre le personnage principal, qui du coup parlait un accent un peu chic, et son père, qui parlait avec un accent populaire, rendait très bien l'aspiration du personnage à s'extraire de sa condition. Pour les Britanniques, c'est important, parce que les rapports de classe sont encore plus vivaces que chez nous. Je pense que ça a raconté beaucoup de choses au public et que ça a bien fonctionné.
Sur les difficultés de traduction, s'est posée la question de la fin de la pièce qui est très radicale. Je savais qu'Emmanuel avait écrit toute la pièce sans avoir de fin. Puis qu'il avait lu dans un journal qu'un transsexuel s'était fait assassiner et qu'il avait collé cette fin-là à son texte parce que pour lui ça avait du sens. Matthew, qui est auteur, avait bien sûr un rapport un peu différent au texte. Il était gêné par cette fin et avait envie qu'on demande à Emmanuel de la changer. J'ai dit que ce serait sur mon cadavre que ça se ferait, que s'il voulait lui demander ce serait sans moi, que jamais je ne servirais d'intermédiaire à une telle chose ! Le respect de l'auteur est pour moi fondamental. Là, nous sommes vraiment dans deux cultures très différentes. Les Britanniques n'ont aucun scrupule à changer un texte. Il y a eu un gros scandale l'été 2010 : un auteur anglais éminent a traduit Le Prince de Hombourg et a changé la fin. Pour les puristes c'était une hérésie totale, mais ce traducteur disait que si la pièce avait été écrite à notre époque, elle aurait eu cette fin-là. Moi je suis traductrice, je n'écris pas - même si traduire, c'est écrire -, mais cela m'est évidemment totalement impossible de m'immiscer ainsi dans un texte. Cette discussion animée a été tranchée par Simon pour qui la fin était très juste.


SB Dans le texte anglais Marie-Pierre devient Pauline. Il n'y a peut-être pas beaucoup de prénoms composés au Royaume-Uni.

SV Il y en a peu et ça ne fonctionnerait pas. Nous avons choisi Paul et Pauline pour tout un tas de raisons. D'abord Pauline est un prénom un peu daté pour les Britanniques, ça donne donc l'idée de la génération. Cela permettait aussi une rime interne avec une expression qui revient très souvent, il y avait un jeu sur la langue qui pouvait répondre à ce qu'Emmanuel avait fait dans son texte. Et puis il y avait un « private joke » : c'est Simon qui a mis en scène Shirley Valentine de Willy Russel, lors de sa création, et ce fut un triomphe. La comédienne qui jouait Shirley (et qui l'a aussi ensuite jouée dans le film) s'appelait Pauline [Collins]. Paul, Pauline, ça marchait bien et cela nous semblait des équivalents justes de Jean-Pierre et Marie-Pierre en terme d'âge et de classe.
Il y a aussi eu la question de l'écriture-même d'Emmanuel : pas de ponctuation, des répétitions, des inversions, ce qui donne l'impression d'une langue très travaillée et en même temps d'un parler très fluide, un peu populaire mais raffiné. Pour Matthew, c'était compliqué, cette écriture sans ponctuation, parce qu'il était dans une logique d'efficacité de travail de scène et qu'il disait qu'il fallait aider l'acteur, qu'il n'ait pas à passer trop de temps à déchiffrer le texte. Je lui ai répondu que nous avions à notre disposition un des plus grands acteurs, que nous pouvions lui faire confiance et que justement ce qui faisait la beauté de cette écriture c'était de laisser tant de possibles ouverts, que la respiration se trouvait autrement. Je lui ai rappelé aussi que dans notre formation de comédiens, on nous demandait toujours de commencer par supprimer toute la ponctuation.
Cela a été une bataille là encore, mais il a fini par tellement bien intégrer l'idée que quand le texte a été publié, Matthew a été le premier outré que l'éditeur ait rajouté de la ponctuation partout. Ça a été la deuxième manche de la bataille...


SB La pièce est éditée chez qui ?

SV Chez Nick Hern, qui est aussi l'éditeur de Simon Callow. Simon lui a proposé le texte et coup de cœur là aussi ! Nick Hern sait que les monologues se vendent mal, mais il s'est fait plaisir comme éditeur et il a bien fait. Je pense que le livre aura une belle vie. S'il n'y a pas de projet immédiat de reprise du spectacle, c'est seulement parce que l'emploi du temps de Simon ne le permet pas.


SB Quelles ont été les réactions du public ?

SV Le public a été très réceptif. Le théâtre a affiché complet pendant toute l'exploitation, et c'était une grande salle de 700 places. Le public a été assez unanimement enthousiaste sur une exploitation de trois semaines.


SB Quel théâtre était-ce ?

SV L'Assembly Rooms qui est une des grandes salles du Festival Off d'Edimbourg. Le public a vraiment été au rendez-vous autour du nom de Simon Callow, c'était un public de fans. Comme il fait souvent des Seuls en scène, il a une cohorte de gens qui viendrait le voir même s'il lisait le bottin.
Potentiellement, c'était un public qui aurait pu être déstabilisé par ce texte-là, parce que le fonds de commerce de Simon Callow, c'est plutôt Shakespeare, Dickens, etc. Mais les spectateurs ont totalement adhéré. La critique a été plus partagée, pour certains sur le texte lui-même, pour d'autres sur l'interprétation, mais globalement les critiques ont été bonnes et le spectacle a reçu deux prestigieux prix du Off. Ça a été une belle aventure.
Emmanuel Darley a assisté au spectacle et je crois qu'il était très content. Simon m'a raconté leur rencontre, et comment Emmanuel était reparti les yeux brillants en serrant son prix contre lui. C'est assez merveilleux quand on a une idée, une évidence comme ça et que ça se fait. Qu'Emmanuel, sans me connaître, sans que je ne lui donne aucune garantie, m'envoie très généreusement son texte par mail pour que je puisse travailler plus facilement alors qu'il aurait très bien pu me répondre que c'était édité et que je n'avais qu'à l'acheter. Je suis convaincue que les auteurs ont toujours intérêt à ce que leur texte circule d'une façon ou d'une autre. J'ai toujours du mal à comprendre, en tant que traductrice, qu'on me mette des bâtons dans les roues lorsque je contacte un auteur anglais ou son agent en lui demandant un texte pour pouvoir le lire ou le faire circuler au sein de la Maison Antoine-Vitez. Il y a certainement des raisons, mais à ce jour je ne les ai toujours pas comprises. Quel intérêt de garder un texte sous clef ? A moins qu'il n'y ait l'argent d'un producteur sur la table je ne suis pas sûre qu'on rende service à qui que ce soit en agissant ainsi. Ensuite, qu'une traduction soit approuvée ou désapprouvée, c'est normal. Moi je demande le droit de traduire, je n'achète pas les droits, je prends le risque qu'entre temps un producteur s'intéresse à l'affaire et achète les droits : je prends le risque et je l'assume.


SB Qui a produit le spectacle ?

SV Le producteur était le propriétaire du lieu lui-même, The Assembly Rooms. C'est un producteur important qui possède aussi le Riverside Studios, à Londres. C'est lui, au départ, qui avait dit à Simon qu'ils avaient un créneau phare pendant le festival. Le metteur en scène, Simon Stokes, est un vieil ami de Simon Callow ; il a beaucoup défendu l'écriture contemporaine et longtemps dirigé le Bush Theatre à Londres.


SB Les mises en scène, française et anglaise, étaient-elles très différentes ?

SV Oui et non. Non parce que de toute façon c'est très centré sur l'unique personnage et parce que c'est un récit. Le décor, lui, était très différent, mais ça tenait aussi aux contraintes du festival où il faut monter et démonter en un minimum de temps. Il fallait quelque chose de très sommaire dans un espace qui en impose, aux murs couverts de boiseries, qui n'est pas forcément une salle de théâtre au départ mais plutôt un espace destiné à la musique. Il fallait quelque chose qui casse un peu le côté vieillot du lieu.
Robin Don a fait un décor très sobre mais qui était entouré par un anneau de lumière, ce qui donnait quelque chose de très contemporain et situait le spectacle dans un lieu indéterminé. Il y avait aussi un arbre.
Ce qui fonctionnait le moins bien à mon sens, c'était le rapport à la musique. Dans la mise en scène de Michel Didym, il y avait une vraie complicité entre le contrebassiste et l'acteur. Simon a fait appel à un jeune compositeur et pianiste qui a énormément de talent, mais, évidemment, le piano ne raconte pas du tout la même chose que la contrebasse. En fait la musique n'apportait pas grand-chose, si ce n'est qu'elle accompagnait de petits interludes dansés, travaillés avec une chorégraphe, qui étaient assez surprenants. Le premier était inspiré du flamenco, un autre de la danse classique, dans la dérision totale et dans le défoulement. Ce personnage qui reste vis-à-vis de son père toujours très gentille, très douce, et qui a toutes ces choses qu'elle n'arrive pas à lui dire, toute cette colère qu'elle n'arrive pas à sortir, elle les exprimait dans les danses. C'était très drôle et très touchant. Alors, oui des mises en scène différentes mais qui jouaient chacune au mieux avec l'acteur présent.


SB Donc pas de reprise prévue dans l'immédiat, mais est-ce que tu pourrais dire que ces représentations ont suscité une envie, une curiosité, un intérêt pour ces jeunes auteurs contemporains français, ou bien était-ce très ponctuel ?

SV J'aimerais dire que cela a donné envie. En tout cas j'espère que ça peut servir de précédent. Vous avez fait un succès commercial avec la pièce d'Emmanuel Darley, pourquoi pas avec une autre ? Mais je ne suis pas certaine que cela puisse suffire à lancer un mouvement. Il faut dire qu'au Royaume-Uni, ils ont une scène théâtrale tellement fournie et vivante, avec tellement d'auteurs, qu'ils sont assez peu curieux de ce qui se passe à l'étranger. En tout cas, toute la presse a souligné que c'était une pièce française, donnant même parfois le titre français. C'était vraiment frappant de voir à quel point cette information-là était reprise et vraiment martelée. J'étais agréablement surprise parce qu'en tant que traductrice, je fais toujours attention à ce qui est mentionné de l'origine d'un texte. Là, pour le coup, c'était tellement exotique pour eux qu'ils le faisaient spontanément. Tant mieux !


SB Travailles-tu souvent à plusieurs ou est-ce une contrainte ?

SV C'est une contrainte, mais je pense que c'est une pratique saine et que d'y revenir de temps en temps est un bon exercice. Ma nature serait plutôt de travailler seule pour me sentir libre de ne justifier mes choix que par mon intime conviction, mais il faut reconnaître que parfois c'est vraiment une bonne idée de travailler avec quelqu'un, de se confronter à une autre pratique, à une autre exigence, à d'autres habitudes. Certains textes s'y prêtent plus que d'autres et on peut trouver chez d'autres traducteurs ou traductrices un mode de travail qui convient bien. En général les traducteurs sont assez friands d'un travail à plusieurs : une bouffée d'oxygène dans un métier généralement très solitaire. Traduire à plusieurs, c'est à la fois un soutien mutuel, mais aussi une négociation permanente, il faut savoir être humble.

 
  Entretien réalisé avec Sarah Vermande,
le 1er septembre 2011
www.sarahvermande.com

 
 
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